20170302_162444

Wilfrid Thalien, ancien footballeur amateur international martiniquais, est passé à deux doigts du statut de footballeur professionnel de haut niveau: Interview!

Tout comme Rodrigue Audel, tu as été un Titi du PSG, c’est-à-dire, tu as été au centre préformation et formation du club, est-ce que tu peux raconter cette période de ta vie ? Comment cela s’est passé?

« Je suis arrivé en 2000 avec Rodrigue Audel au centre préformation. Au début, cela a été très difficile. Quand j’arrive pour aller au centre, dans la voiture, l’entraîneur me dit que j’étais là juste pour accompagner Rodrigue. En fin de compte, je servais d’appui à Rodrigue car il ne comptait pas trop sur moi.

Au final 6 mois après, en décembre ils font un bilan. En 6 mois, en 11 matchs je marque 14 buts et je suis le meilleur buteur de l’équipe des moins de 15 ans. La saison écoulée, j’ai fini meilleur buteur avec 21 buts en 24 matchs. Du coup, on m’a proposé d’intégrer le centre de formation. J’ai fait 2 ans. Ma première année en moins de 17 ans, cela s’est bien passé aussi et j’étais meilleur buteur. J’ai fait des apparitions en CFA avec Antoine Kombouaré et en CFA 2 avec Jean-Luc Vasseur.

En fin de cycle je me suis blessé plusieurs fois au genou. J’étais en fin de contrat et avec le changement d’entraîneur en équipe première (Vahid Halilhodžić ne voulait pas garder les joueurs en fin de contrat)  j’ai dû quitter le PSG. »

Comment as-tu trouvé ces centres préformations et formations du PSG?

« Comme je sortais directement du pays, le centre préformation était vraiment différent de ce qu’il y avait en Martinique. Il y avait beaucoup de perfectionnement. On travaillait beaucoup le pied faible, le jeu de tête, les transversales, et on jouait beaucoup avec le ballon.

La différence avec le centre de formation, c’est que le travail technique et le physique était très intense. Donc on devait redoubler de volume d’entraînement. La compétition devenait encore plus dure donc il fallait augmenter son niveau mais j’ai toujours été parmi les meilleurs. »

Avec du recul, est-ce que tu sais pourquoi tu n’as pas percé au haut niveau?

« Pour percer, il faut avoir de la chance, voire beaucoup de chance et tomber sur de bonnes personnes car dans le milieu du football je pense que ça n’existe pas. On n’a pas d’amis dans ce milieu et il ne faut compter que sur soi-même.

Je suis tombé sur un agent qui s’appelle Thierry L., qui est en plus un martiniquais, qui m’a bien ent*** on va dire. A la fin de mon contrat au Paris Saint-Germain, j’ai été faire un essai avec la réserve de Clermont-Ferrand et tout était ok pour que je signe un contrat avec eux. Quand je remonte sur Paris, le directeur sportif m’appelle pour me dire que finalement je ne peux pas partir car mon agent a augmenté les points et que Clermont ne pouvait pas me signer.

Du coup, comme j’avais un contact qui était à Caen, Bruno Grougi (capitaine de Brest actuellement), j‘ai été faire un essai à Caen et du coup j’ai logé chez lui. Le deuxième jour, le club me dit qu’il me prend et donc j’ai dû revenir à Paris pour faire mes valises. Quand je m’apprête à aller à Caen, le directeur sportif m’appelle pour me dire que Caen va prendre Yoan Gouffran (qui est actuellement à Newcastle) à ma place car mon agent n’a pas été au courant de la transaction. Du coup j’ai dû rentrer en Martinique. Donc des fois, vaut mieux tomber sur de bonnes personnes. »

Au final, tu n’as pas été pro, qu’est-ce que tu peux nous dire de tes clubs amateurs de la Martinique? Comment tu te sentais ?

« Au début ce n’était pas évident. Dans ma tête j’étais parti pour être footballeur professionnel. Du coup, j’ai fait 7 ans au Racing Club de Rivière-Pilote.

Ensuite j’ai été à l’Emulation de Schœlcher, au New Club de Petit-Bourg, et jusqu’au 31 janvier j’ai été entraîneur adjoint de Monésie en étant joueur en même temps. Là maintenant j’ai quitté et je suis libre, je m’occupe de ma famille. »

Quels sont tes meilleurs souvenirs au Racing ?

« Mon meilleur souvenir c’est quand j’ai remporté mon premier trophée. C’était la Ligue Antilles. C’était un moment magnifique, on avait battu le Club Franciscain à Dillon 3 buts à 0 ! A l’époque ce club était invincible. Ensuite 2 ou 3 ans après, on a été champion et on a remporté la coupe de France zone locale. Donc mes plus grands souvenirs ont été au Racing. »

Tu as joué à un poste difficile au football: en attaque, d’après toi quelles qualités il faut avoir pour être un très bon attaquant?

« Pour être un bon attaquant il faut être vicieux, malin, adroit devant le but, et être patient. Après, les autres qualités ce sont des qualités naturelles. Soit tu es physique ou soit tu as de la vitesse. Je pense qu’un très bon attaquant doit être vicieux, intelligent, un peu méchant et égoïste devant le but. »

Est-ce que tu as déjà été sélectionné avec les Matinino?

 » Oui, ma dernière campagne je crois que c’était en 2008. »

Qu’est-ce que tu retiens de ces sélections?

« J’avais été à Trinidad, et on les a rencontré justement. A l’époque, ils avaient la belle équipe. C’était une bonne aventure et une très belle expérience.

Je pense que la Martinique doit continuer dans ce sens. Intégrer des joueurs professionnels et garder nos joueurs locaux. Mais ils ont choisis une autre politique. Ils choisissent beaucoup plus de professionnels que de footballeurs locaux, et je trouve ça dommage. Je pense que si la Martinique est comme cela aujourd’hui c’est tout d’abord grâce aux locaux. »

Est-ce que tu es confiant pour les Matinino face aux prochains matchs officiels à venir?

« Oui avec les apports extérieurs qu’ils ont je pense qu’ils peuvent faire quelque chose. En gardant un noyau de joueurs locaux qui apportera l’envie, la détermination, les martiniquais peuvent faire quelque chose de grand. »

Pour conclure, est-ce que tu as des regrets en particulier?

« On peut toujours dire qu’on a des regrets, mais il ne faut jamais regretter ce qui se passe dans la vie. Comme on dit tout est déjà écrit.  J’aurais été footballeur professionnel j’aurais eu beaucoup d’argent. Mais peut-être qu’en même temps je n’aurais pas eu une belle famille car je suis marié et j’ai une femme. Je suis très fier de ma vie actuelle et je remercie beaucoup ma famille, mes parents, ma femme, et mes enfants qui m’ont toujours soutenu. »