Aujourd’hui à la retraite, Jocelyn Germé souhaite que le football martiniquais se développe davantage et que les dirigeants de la Ligue de Football de la Martinique soient plus proches des cadres techniques ou des présidents de clubs.

Interview de Jocelyn Germé :

Tu es aujourd’hui à la retraite. Que retiens-tu de tes années en tant que Conseiller Technique Régional du football martiniquais ?

« Ça se bouscule dans ma tête. On ne peut pas considérer qu’une fonction de conseiller technique saurait se résumer en quelques actions. C’était un engagement. J’ai eu la chance d’exercer une fonction ou encore une mission dans un domaine qui était ma passion. C’est une chance. J’ai pu rencontrer beaucoup de gens et je crois que la plupart de ces personnes m’ont permis d’œuvrer pleinement en mettant mes compétences au service du football martiniquais. Plus spécialement, je crois que la structuration de la direction technique régionale fait partie des choses que j’ai pu réaliser. Car, lorsque j’y suis arrivé, j’étais seul. Et maintenant, il y a une dizaine de personnes qui travaillent au développement de la technique. Je pense à la formation des éducateurs. Il y a près de 25 ans, il y avait un entraîneur diplômé par club. Aujourd’hui, dans chaque club, il y a non seulement un staff pour les équipes séniors mais il y a des cadres techniques d’Etat dans des clubs comme le Club Franciscain, dans les écoles de football, en passant par les sections féminines…Soit près d’une vingtaine d’éducateurs. Des formations ont été mises en place grâce à une philosophie d’Alain Rapon, quelqu’un qui a véritablement révolutionné le domaine de la formation des cadres comme pour celle des joueurs. C’est lui qui a créé le pôle outre-mer pour former les joueurs et puis surtout c’est lui qui a mis le pied dans l’insertion. À l’époque, il y avait l’équivalent de 33 emplois jeunes. Et aujourd’hui ces jeunes s’appellent Patrick Percin, Guy-Michel Nisas, Yannick Desmontils, Fabrice Reuperné… Ceux qui aujourd’hui, pour ne citer que ceux-là, sont coachs ou à la tête du football martiniquais. Alain Rapon avait compris qu’il fallait impulser sans aucune démagogie. C’était un aspect très positif.

Je rappellerai aussi que nous avons eu des joueurs qui sont devenus professionnels : des champions de France comme Garry Bocaly, des vainqueurs de la coupe de France comme Steeven Langil, ou des joueurs avec un profil international comme Emmanuel Rivière pour ne citer que ceux-là. Nous avons aussi notre fleuron, Wendie Renard, dans le football féminin.

Le fait aussi d’avoir conduit la sélection en quarts de finale de la Gold Cup en 2002 est je crois un fait marquant. J’espère que la sélection de la Martinique actuelle pourra franchir cette étape. Il ne faut pas oublier qu’on était composés à 98% de joueurs qui évoluaient en Martinique, quelque chose de très important pour créer une émulation et une dynamique. J’espère encore que cette dynamique se poursuivra aujourd’hui avec cette philosophie-là. »

Samuel Pereau a été réélu à la tête de la ligue de football pour 4 ans. Que penses-tu de cette réélection ?

« C’est le principe de la démocratie et il faut l’accepter. Mais, je crois qu’au-delà de l’élection il y a le fonctionnement de la ligue et celle-ci devrait faire beaucoup plus. On devrait encore plus moraliser et démocratiser le fonctionnement de la ligue car il y a Samuel Pereau et les autres… Or, je pense que dans l’intérêt du football martiniquais il faudrait surtout travailler avec les autres. Il aurait fallu prendre plus souvent en considération certains clubs. Et ce pas seulement à la veille des élections. Je pense qu’il y a un manque de proximité. Il faut savoir ce qui se passe aussi bien dans la gestion globale que dans la formation des éducateurs. Il faut qu’il y ait davantage d’écoute envers les principaux intéressés. C’est-à-dire, au niveau des cadres techniques ou des présidents de clubs. Il y a des réalités qu’il faut prendre en compte dans les petits clubs. Ils sont en souffrance. Puis, il faut beaucoup plus d’humanité dans la gestion du personnel car il est d’après moi aussi en souffrance. »

Instaurer un statut semi-professionnel pour certains joueurs locaux et faire adhérer la Martinique à part entière à la FIFA sont les 2 projets phares du groupe de Samuel Pereau. Que penses-tu de cette ambition ?

« Je pense qu’il est important d’avoir une vision de développement qui permette l’évolution de notre football. Maintenant, il faut que la base soit faite. Adhérer à la FIFA n’est pas la panacée. Sainte-Lucie est FIFA. La Dominique est FIFA. Saint-Kitts-et-Nevis est aussi une nation FIFA. Et pourtant, ils ne sont pas meilleurs que nous. Il ne s’agit pas de dire que si on est FIFA, tout va se régler. Il faut d’abord structurer et répondre aux attentes des clubs. Avant d’avoir un statut semi-professionnel, il faut d’abord s’appuyer sur la base. Je crois qu’à ce niveau ce sont les petits clubs qui sont porteurs de l’essence même du football. De l’oxygène du football… Moi j’ai vu fondre le nombre des clubs. À l’époque, nous étions près de 70 clubs et nous avions 4 niveaux de pratique. Aujourd’hui, il y a plus d’une cinquantaine de clubs. Donc je crois qu’il faut soutenir les petits clubs, la base du football. C’est avec une base forte que nous allons pouvoir mieux soigner notre football. »

Enfin, comment Monsieur Jocelyn Germe va-t-il mener sa vie, aujourd’hui à la retraite ?

« Je compte d’abord me retrouver avec moi-même. Je crois que lorsqu’on exerce une fonction de conseiller technique on n’a jamais de vacances. On est constamment sur le gril. Même lorsqu’on ne travaille pas, on est sollicité par sa passion. Par conséquent, je prends le temps pour moi. J’ai d’abord eu des congés. Ma retraite a officiellement commencé le 1er janvier 2021. Mais, je ne serai pas loin du football parce que ça a été ma vie. J’ai consacré plus de 50 ans de ma vie au football. Je pense que je vais continuer à apporter ma contribution, d’une manière ou d’une autre notamment à l’international. J’ai des sollicitations (il n’a pas voulu en dire plus). Mais pour l’instant, je revisite mon parcours et je lis. Je n’ai pas trop de contact avec mes collègues, mais je suis de loin comme de très près l’évolution du football martiniquais. Notamment tout ce qui pourrait permettre au football de se développer. »