L’attaquant international martiniquais, Mathias Coureur évoque sans filtre la sélection de la Martinique. Pour lui, la distinction entre les locaux et les pros doit par exemple s’arrêter.

Interview de Mathias Coureur, attaquant du NorthEast United, en Inde :

En juillet dernier, la sélection de la Martinique a participé à la Gold Cup. Bilan: 0 point en 3 rencontres en phase de poules. Quelles sont tes impressions sur le tournoi des Matinino ?

« Mes impressions sont simples. J’ai regardé un peu les matchs. La sélection, ça fait un petit moment que ça ne bouge pas trop. Toute équipe passe par-là. Mais, je pense qu’il faut du renouveau. Cela me fait un peu penser au moment où l’équipe de France avait gagné la coupe du monde en 1998 et l’Euro 2000. En 2002, on a senti le besoin d’un renouveau. Pour la Martinique, c’est pareil. »

Dans une interview accordée à France Antilles, Jocelyn Germé n’a pas compris ta non sélection chez les Matinino pour la Gold Cup. Est-ce que tu es de son avis ?

« En tant que compétiteur, forcément ! Moi, je pense qu’on n’est pas appelé en fonction de nos performances. Donc après, c’est excusable et je ne vais pas mal le prendre de ne pas être pris. Si ça avait été par rapport aux performances, j’aurais été dégoûté de ne pas être en sélection. Mais ce n’est pas à cause de ça… J’ai l’impression d’être un ennemi de la sélection. J’ai entendu une dernière rumeur qui disait que je m’étais battu avec Kévin Olimpa à Los Angeles à la Gold Cup 2013 alors qu’on ne s’est jamais battus. Après, on m’a reproché mon comportement. Je ne sais pas. Je ne pense pas que j’ai eu un mauvais comportement. C’est comme ça, c’est la vie… Donc, comme ma non sélection n’est pas en rapport avec le foot, ça ne me touche pas plus que ça. »

Comment vois-tu la sélection de demain ?

« J’aurais aimé qu’on ressemble plus à une vraie sélection. J’aurais aimé qu’on ne parle plus de locaux ou de pros. Pour moi, quand tu rejoins la sélection de la Martinique, tu y vas pour représenter la Martinique. On est tous Martiniquais ! Donc, déjà j’aurais aimé que cette distinction-là s’arrête. Tu sais, le Zimbabwe a gagné la coupe d’Afrique (coupe COSAFA en 2018). Ce n’est pas un pays de football mais ils avaient envie d’apprendre. Madagascar, ils ont été super bons en coupe d’Afrique (1/4 de finale à la CAN en 2019). Ce n’est pas un pays de football, mais ils avaient envie d’apprendre. Ils ont cherché des joueurs de l’extérieur. En Martinique, on peut le faire. Quand je vois qu’on a des personnalités qui ont connu le haut niveau et des personnalités qui peuvent être influentes… et qu’on ne s’en sert pas. Pour moi c’est triste. J’aurais bien aimé que ça arrive. Cela fait un moment que je me bats pour ça. Mais apparemment, ça gêne. La Martinique, je la supporte. Ça se passe mal, ça se passe mal. Ça se passe bien, ça se passe bien. En tout cas, je serai le plus heureux des Martiniquais. »

Marc Collat, l’ancien sélectionneur d’Haïti est intéressé par la sélection de la Martinique. Penses-tu qu’il a le bon profil ? Faut-il sauter sur l’occasion ?

« Moi, je me rappelle qu’il nous avait gagné avec Haïti (3-0) en Jamaïque en 2014. J’en ai parlé à mon ami Johny Placide qui l’avait eu en sélection d’Haïti. Il m’a dit que c’est un très bon coach. Après, je ne le connais pas plus que ça. Mais tant qu’il y aura cette politique de différence entre les locaux et les pros ; ceux qui sont nés en Martinique et ceux qui ne sont pas nés en Martinique, on n’avancera pas. C’est soit on décide d’être tous Martiniquais et on va dans le même sens. Qu’on arrête de croire que quand quelqu’un critique pour essayer d’avancer, on en fera un ennemi. Cette loi du silence où il ne faut rien dire sinon on est exclu, c’est nul. Je pense qu’il faut avancer tous ensemble et écouter tout le monde. Peu importe qui sera à la tête de la sélection, déjà ce sera un grand pas. »

Si c’est Marc Collat le sélectionneur, voudras-tu revenir en sélection ?

« Non, pour moi c’est fini. Je ne peux pas être entouré de personnes avec lesquelles je sais qu’il y aura de l’hypocrisie. Moi, je ne suis pas comme ça. En tant que supporter, il n’y pas de problème ! Mais rejouer avec la Martinique, non. J’ai trop voulu son bien et on a trop essayé de me mettre au fond du trou pour que je revienne. »

Aujourd’hui, tu joues désormais en Inde. Quels sont tes objectifs cette saison ?

« J’ai choisi l’Inde pour une bonne raison. J’ai 33 ans et le championnat dure 6 mois. C’est un pays qui est en plein apprentissage. Ils comptent sur les étrangers pour apprendre et ils sont de plus en plus fans de football. Honnêtement, mon objectif est de battre le record de buts de Bartholomew Ogbeche. Ce serait bien pour l’égo (rires). Il a mis 12 buts. En Inde, tu ne joues pas beaucoup en plus. Tu joues 20-25 matchs. Donc, si j’arrive à battre son record, je serais très heureux. J’ai beaucoup travaillé durant l’été pour me préparer. J’espère que ça va le faire. »