Récemment publié (15/12), le rapport de mission « Politique Fédérale Ultra-Marine », de Frédéric Thiriez, intitulé Outre-mer : « Un nouvel élan pour le football », met en lumière les freins structurels et les leviers de développement du football en Martinique et, plus largement, en Outre-mer. Adhésion à la FIFA, libération des joueurs en sélection, infrastructures… des propositions ont été formulées à Philippe Diallo, président de la FFF.

Extraits du rapport de mission présenté à Monsieur Philippe Diallo, président de la Fédération Française de Football, par Frédéric Thiriez, président du Conseil national de l’éthique (CNE) de la FFF :

1.2. Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Martin
1.2.1. La question de l’adhésion à la FIFA

Les ligues antillo-guyanaises, qui sont membres à part entière de la CONCACAF, réclament depuis plusieurs années leur admission à la FIFA, afin notamment de bénéficier des concours du programme « Forward » (2 m USD par an pour un « full member »). La FFF s’y est jusqu’à présent opposée pour des raisons de principe, mais a négocié avec succès en 2018 des conventions tripartites FIFA-FFF-Ligues, intitulées « accord de coopération pour le développement du football », par lesquelles la FIFA accorde à chacune des quatre ligues une aide annuelle de 300 000 USD (150 000 seulement pour Saint-Martin), portée en 2023 à 400 000 USD. À cela s’ajoutent les contributions versées par la CONCACAF à ses membres (450 000 USD).

La question de l’adhésion éventuelle des quatre ligues à la FIFA est, qu’on le veuille ou non, réglée aujourd’hui dans un sens négatif par la modification des statuts de la fédération internationale intervenue en mai 2024 au congrès de Bangkok. En effet, dans sa rédaction antérieure, l’article 11 des statuts permettait l’admission « avec l’autorisation de l’association du pays dont elle dépend, de l’association d’une région n’ayant pas encore obtenu l’indépendance ». C’est sur le fondement de cette disposition qu’une vingtaine de territoires non indépendants mais bénéficiant d’un régime d’autonomie interne avaient pu adhérer à la FIFA (Anguilla, les Bermudes, les îles Caïman, les îles Vierges, Guam, Montserrat, les Samoa, Hong Kong, Macao, les îles Féroé, Porto Rico, etc.), mais aussi la Polynésie en 1990 et la Nouvelle-Calédonie en 2004. Mais cette disposition dérogatoire a été purement et simplement supprimée des statuts de 2024, la règle étant désormais que « la FIFA ne reconnaît comme membre qu’une seule association par pays ».

Les quatre ligues françaises d’Amérique ont parfaitement conscience du nouvel état de droit. Elles regrettent cependant que la partie hollandaise de l’île de Saint-Martin puisse, elle, être admise à la FIFA du fait qu’elle a obtenu, sous l’empire de l’ancien texte, une décision favorable du Tribunal arbitral du sport rendue contre la FIFA. Toutefois, le TAS n’a annulé la décision de refus de la FIFA que pour un motif de forme et il n’est pas certain que la FIFA prenne une décision favorable sur le fond. De plus, le statut d’autonomie interne de Sint Maarten n’est pas l’équivalent de celui d’un département français (article 73 de la Constitution), ni même d’une « collectivité d’outre-mer » (article 74).

Pour autant, et pour aller dans le sens souhaité par les quatre ligues d’une plus grande reconnaissance internationale, on peut imaginer de leur conférer la qualité de « membre associé » de la FIFA. Cette notion ne figure pas actuellement dans les statuts de la fédération internationale, mais la FFF pourrait suggérer qu’elle le soit, au bénéfice notamment des territoires éloignés de leur pays de rattachement. La qualité de membre associé permettrait notamment à nos quatre ligues de participer aux congrès de la FIFA, sans droit de vote.

Corrélativement, sachant que les actuels accords de coopération triennaux entre la FIFA, la FFF et ces ligues viennent à expiration le 31 mars 2027, il serait opportun d’engager en 2026 des discussions avec la FIFA afin, d’une part, de leur conférer une durée non limitée (sauf dénonciation), et, d’autre part, d’augmenter la dotation de la FIFA de 400 000 à 600 000 USD, en s’appuyant sur les difficultés particulières de ces territoires (éloignement, insularité, pression démographique, coûts de construction, etc.).

Proposition 4 : faire reconnaître aux quatre ligues Antilles-Guyane la qualité de « membre associé » de la FIFA, après introduction de cette notion nouvelle dans les statuts de la fédération internationale.

Proposition 5 : entamer en 2026 des négociations avec la FIFA afin de revaloriser la dotation Forward des quatre ligues (400 000 USD actuellement) et de donner aux accords de coopération triennaux une durée indéterminée, sauf dénonciation par la FIFA.

1.2.2. La question de la libération des joueurs

Les quatre ligues font régulièrement valoir qu’elles ont des difficultés à aligner leur meilleure sélection pour les compétitions internationales régionales, car la mise à disposition des joueurs n’est pas obligatoire pour les clubs métropolitains. Effectivement, les conventions passées par la FFF avec les quatre ligues le 8 avril 2013, si elles autorisent par principe les « sélections régionales » à jouer les matches internationaux, précisent que la mise à disposition des joueurs évoluant en métropole n’est pas contraignante pour les clubs.

Cependant, ce n’est là que la traduction des règles de la FIFA, pour qui l’obligation de mise à disposition des joueurs ne s’applique qu’aux sélections nationales. Les clubs, déjà pénalisés par les fenêtres internationales, verraient d’un très mauvais œil une extension de l’obligation de mise à disposition de leurs joueurs aux sélections régionales. Quant à la FIFA, elle fera valoir que son calendrier est négocié et arrêté plusieurs années à l’avance, de sorte qu’il est impossible d’y ajouter une nouvelle disposition sans mécontenter tout le monde.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre sont limitées. Comme pour les Jeux olympiques, il est suggéré simplement que la FFF utilise de son influence auprès des clubs de National et de Ligue 2, qui sont les principaux concernés, pour les inciter à libérer leurs joueurs, sans en faire une obligation.

Proposition 6 : intervenir, au cas par cas, auprès des clubs métropolitains pour qu’ils libèrent, dans l’intérêt national, leurs joueurs ultra-marins pour les matches internationaux de caractère régional.

La question est posée par ailleurs de l’assurance des joueurs ainsi mis à disposition pour une compétition de la CONCACAF. Ce problème nous paraît réglé car, d’une part, la confédération est elle-même assurée pour ses compétitions et, d’autre part, les ligues régionales complètent par une assurance recommandée par la FFF, qui est d’ailleurs d’un coût modéré. Si l’on considère qu’il est de l’intérêt du football français que nos sélections ultra-marines brillent sur d’autres continents – ce que nous croyons –, il peut être envisagé que la FFF rembourse aux ligues ladite assurance.

Proposition 7 : rembourser aux ligues ultra-marines l’assurance qu’elles prennent pour les joueurs des sélections régionales.

3.3 La nécessité d’un plan pluriannuel d’équipement pour l’outre-mer

3.3.4. Martinique

La Martinique compte 67 terrains, mais aucun T2 et seulement deux T3. Aucun stade ne peut accueillir de match de la CONCACAF. Trois projets méritent d’être signalés :

  • Le stade Pierre-Aliker, grand stade de Fort-de-France (15 000 places), avec quatre terrains annexes, doit être impérativement rénové pour être mis aux normes. Le coût des travaux est évalué à 5 millions. On ignore à ce stade le plan de financement et le calendrier, mais des discussions semblent se nouer entre la ville, propriétaire, et la Collectivité en vue d’un éventuel transfert de propriété à cette dernière.
  • Le terrain du lycée de Bellevue (NDLR : Louis Achille) : le projet consiste à transformer le terrain actuel, en pelouse naturelle, en terrain synthétique de grand jeu aux dimensions réglementaires. C’est ce terrain qui accueille la section d’excellence sportive. Le coût du projet est de 1,1 million. Le financement envisagé fait appel à l’ANS (400 000), au FAFA (190 000), à la Collectivité (140 000), à l’État (180 000) et au programme FIFA Forward (150 000). La durée des travaux est estimée à quatre mois.

Proposition 19 : solliciter une réunion de travail au ministère des Outre-mer, avec le ministère des Sports, afin de proposer le lancement d’un plan triennal de remise à niveau des équipements sportifs outre-mer.

Le rapport de mission « Politique Fédérale Ultra-Marine », de Frédéric Thiriez, intitulé Outre-mer : « Un nouvel élan pour le football » : rapport-fff_frederic-thiriez.pdf

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