Lionel Fourlin, le vice-président du RC Saint-Joseph et le manager général de l’équipe seniors, partage ses réflexions sur le début de saison du club et envisage l’avenir.

Interview de Lionel Fourlin, vice-président du RC Saint-Joseph et manager général de l’équipe seniors :

Tu es l’un des hommes forts du RC Saint-Joseph mais aussi un homme de l’ombre. Lionel Fourlin, qui es-tu vraiment ?

« Je viens du milieu du basket. Je pense que j’ai été un bon joueur puisque j’ai été champion de Martinique, j’ai participé aux championnats Antilles-Guyane, j’ai fait partie de la grande équipe du Golden Lion et j’ai fait les sélections de jeunes. Aujourd’hui, je me retrouve dans le football par rapport à mon fils, Youri, que j’ai toujours suivi. Cela fait maintenant 4 ans que je suis au RC Saint-Joseph. Ce sont mes amis Jérémy Chenelong et Stéphane Glanios qui sont venus me chercher, en plus à un moment où le club allait mal. Ils avaient un projet sur 3 ans pour le club. Le président Eric Privat nous avait missionnés pour redorer l’image du RC Saint-Joseph. C’est pour cela que je suis dans ce club. Et, pendant que j’y pense, je tiens à remercier un Monsieur du football martiniquais, Guy-Michel Nisas, qui m’a beaucoup appris au niveau administratif et dans l’élaboration de projets. Même si on le connaît en tant qu’entraîneur, c’est quelqu’un qui maîtrise bien les dossiers. On a travaillé pendant 2 ans ensemble, je me suis beaucoup inspiré de lui et c’est ce qui m’a également amené au football aujourd’hui. »

En tant que fidèle serviteur du RC Saint-Joseph, comment as-tu vécu personnellement le triste début de saison du club… entre victoires encourageantes, défaites inattendues et défaites sur tapis vert ?

« Avec Jérémy Ludon, nous nous occupons du recrutement et notre idée est de construire une équipe composée de quelques joueurs expérimentés et surtout de jeunes joueurs du club. Une équipe où l’on verrait des jeunes comme Sulivan Ely Marius, Lenny Lamorandière ou encore Lucas Beaudry, accompagnés de joueurs de qualité en quête de titres. Le début de saison était prometteur, puis sont survenues des erreurs administratives. Honnêtement, cela a vraiment brisé l’élan de l’équipe. Nous avons failli perdre nos joueurs et c’est ce qui montre que nous avons encore du travail à faire au sein du club. Aujourd’hui, cela nous a servi de leçon. Maintenant, nous savons qu’être un grand club, c’est aussi savoir gérer l’administratif, et à mon avis, nous sommes encore loin de tout cela.

Mais notre groupe est resté soudé. Des joueurs tels que Sébastien Crétinoir, Enrick Reuperné, Jérémy Norbert ne nous ont pas lâchés. Et, c’est agréable de voir des joueurs fédérer tout un groupe, les dirigeants, le staff et les autres membres de l’équipe. Nous nous sommes remobilisés et avons travaillé. J’espère que cela va durer et que nous ferons un bond au classement car nous ne sommes pas à notre place. »

Durant cette période, t’es-tu senti coupable ?

« Bien sûr ! Quand on dit des choses sur toi, ça fait mal. En plus, je ne m’occupe même pas des feuilles de match ni des licences. Mais, j’ai un président qui me fait confiance et on a recadré les choses pour repartir du bon pied. »

Pour l’heure, le Golden Star compte une victoire sur tapis vert contre le RC Saint-Joseph. Vous avez fait appel. Il y a-t-il du nouveau concernant cette affaire ?

« Par rapport aux autres, cette réserve-là est très difficile. Nous n’avons pas voulu tricher sur ce match puisque nous savions tous que Steeven Cadol était blessé. Pourquoi l’aurions-nous mis sur la feuille de match ? C’était vraiment une erreur d’inattention. La réserve du Golden Star est compréhensible, d’accord. Mais, nous avons fait appel et demandons justice. Nous attendons encore la réponse de la Fédération Française de Football. On verra bien. »

En attendant, le RC Saint-Joseph s’est refait une santé. Les joueurs sont actuellement en confiance et le staff paraît encore plus impliqué. C’est cette image que le club doit montrer à la Martinique durant cette deuxième partie de saison ?

« Bien sûr ! Il y a toujours aussi une grande attente vis-à-vis de cette équipe et cela est dû à notre recrutement. Effectivement, les joueurs sont aujourd’hui remobilisés. D’ailleurs, on a réalisé un gros travail mental pour ça. Nous sommes toujours une vingtaine à l’entraînement, ça travaille dur et ça va payer à un moment. »

Qu’espères-tu pour cette deuxième partie de saison ?

« Mon rêve est que le club parvienne à se qualifier pour la Coupe VYV. Le RC Saint-Joseph n’a jamais participé à cette compétition. Je voudrais que l’on donne tout pour réaliser cela. Après, si on n’y arrive pas, ce sera pour l’année prochaine. »

Pour atteindre cette compétition, il vous manque peut-être un grand buteur. Ce mois-ci, le club aurait pu recruter un attaquant supplémentaire en la personne d’Andy Marny… Qu’a-t-il manqué pour l’enrôler ?

« Andy Marny était très convoité. Aujourd’hui, le RC Saint-Joseph n’est pas dans le Top 3 du championnat. On a nos propres moyens et on n’a pas su rivaliser avec certains clubs. Pour enrôler ce genre de joueur, ça compte. Le club n’a pas un grand palmarès non plus. Un buteur, c’est la denrée rare en Martinique. Il n’y a plus de José Goron, de Kévin Parsemain, de vrai numéro 9. On a beaucoup d’ailiers. Mais, il n’y a plus de buteurs, et c’est le problème du football martiniquais. Mais, c’est à nous maintenant de les former. »

Après, disons les choses telles qu’elles sont : le football martiniquais est en proie à une inflation. Des primes pour les joueurs, des dettes à régler, des fins de mois à assurer pour certains… Et pourtant, on ne perçoit plus cette fidélité, cet engagement chez les joueurs envers leur club. En tant que dirigeant, comment le vis-tu ?

« Au RC Saint-Joseph, nous avons un modèle économique. C’est un club qui compte des sponsors et qui veut avoir sa propre marge financière. À un certain moment, l’institution comptait 24 employés. Nous répondons à des appels d’offres pour des programmes périscolaires dans la ville. Notre objectif est d’atteindre l’autonomie financière. Notre politique n’est pas axée sur le paiement des joueurs. Cependant, nous les soutenons considérablement sur le plan social. Que ce soit pour les garçons ou les filles, nous les accompagnons dans leurs études et leur parcours professionnel. Maintenant, c’est ma vision, et chaque club a son propre mode de fonctionnement. »

Comment vois-tu le RC Saint-Joseph et le football martiniquais dans 3 ans ?

« Si aujourd’hui je suis au RC Saint-Joseph, c’est vraiment pour Jérémy Ludon. Je souhaite accompagner ce coach, car si nous ne soutenons pas nos jeunes entraîneurs, il n’y en aura plus à l’avenir. Donc, dans trois ans, si Jérémy Ludon n’est plus au RC Saint-Joseph, je n’y serai plus moi non plus. Il le sait. Cependant, même si nous ne sommes plus là, j’aimerais que notre projet perdure. Je ne veux pas que le club retombe dans le déclin. Il doit évoluer ! Il y a des éducateurs dévoués au RC Saint-Joseph, et je pense que cette équipe mérite de remporter un titre. Mais ne brûlons pas les étapes. Dans notre club, comme en Martinique en général, nous pouvons encore améliorer notre formation. J’ai une vision, et je pense qu’on peut faire encore mieux chez les jeunes. Et puis, parlons des infrastructures. À ce niveau, on progresse à Saint-Joseph. Les autres villes devraient prendre exemple. Ne serait-ce que le terrain synthétique… Si toutes les communes se dotaient de ça, je pense qu’on aurait déjà fait un grand pas dans la formation des jeunes et dans la progression du football martiniquais. »

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