En ce vendredi 8 mars 2024, journée internationale des droits des femmes, la parole est donnée à Catherine Noël, l’une des figures emblématiques du football féminin en Martinique.
Interview de Catherine Noël, défenseure du RC Saint-Joseph et internationale martiniquaise :
8 mars, journée internationale des droits des femmes… Catherine, soyons cash ! Quels sont les avancées obtenues et les combats à mener au niveau du football féminin en Martinique ?
« C’est un grand chantier. Mais, il y a quand même de l’évolution. En termes d’avancées, au niveau de la formation, je constate effectivement qu’avec Charlaine Marie-Jeanne il y a pas mal de choses qui sont mises en place et qu’il y a énormément de jeunes qui sont en devenir. Il y a des structures qui sont mises en place pour qu’il y ait une jeunesse qui prenne la relève. Je ne suis pas dans les petits papiers, je ne suis pas à l’intérieur, mais de ce que j’observe et constate de l’extérieur, il est vrai que je vois qu’il y a du potentiel au niveau de la jeunesse et ça c’est rassurant.
Au niveau des combats à mener, effectivement, on peut considérer qu’au niveau de l’arbitrage, on voit des arbitres qui ne viennent pas par exemple. Je ne vois pas cela chez les garçons et je ne sais pas pourquoi ça existe chez les filles. Il y a forcément une raison, mais je ne sais pas laquelle. En termes de moyen, je pense que les budgets non plus ne sont pas les mêmes et ne sont pas équitables en fait. Mais, ça, c’est du connu, tant sur le plan national qu’international et donc forcément local. Ce sont de petites choses qu’on accepte parce qu’on n’a pas de force dessus. On sait comment ça fonctionne. On essaye de faire ce qu’on aime et de faire éventuellement avec les moyens qui nous sont accordés.
En sélection, par contre, il y a eu des efforts qui ont été consentis. On a des staffs médicaux et on a d’autres choses qu’on avait mais à petite échelle et qui étaient moins bien structurées. »
Cette saison, il y a souvent de multiples reports, des matchs gagnés par forfait et des scores fleuves qui découragent quand même certaines joueuses… Comment perçois-tu tout cela ? Est-ce alarmant ?
« Alarmant, oui, forcément parce que ça diminue l’attractivité du championnat féminin. C’est un championnat à deux vitesses. C’est dommage et décourageant pour celles qui prennent des scores fleuves effectivement et qui se battent au quotidien pour essayer de maintenir leur équipe. C’est aussi facilitant pour celles qui gagnent avec des scores fleuves. Il y en a qui ont du mérite. Je pense à l’équipe de Rivière-Pilote qui a quand même des joueuses pionnières de Rivière-Pilote et qui gagnent au mérite. Ce n’est pas toujours très intéressant, mais si on aime, on aime, on vient et on regarde. »
En termes de niveau, d’organisation et d’implication, comment était le football féminin quand tu étais plus jeune ?
« En termes d’implication, il est clair que ça n’avait absolument rien à voir. Je pense que c’est générationnel. Autrefois, le choix de la pratique sportive était, à mon sens, une priorité. Je n’ai pas connu autrefois de difficulté à venir aux entraînements. Aujourd’hui, c’est un problème qui est récurrent. Les jeunes aussi sont moins encadrés, ont souvent des problèmes où les parents ne peuvent pas les emmener etc… Ce sont des choses qu’on rencontrait beaucoup moins autrefois. Il y a un problème effectivement de moyens des joueuses. Elles ne se donnent pas suffisamment les moyens à mon sens.
En termes de niveau, les rencontres étaient plus disputées. Le championnat en lui-même était plus disputé. D’ailleurs, j’ai connu le football féminin avec deux poules, d’environ huit équipes. Il y avait l’UJ Monnerot, l’US Robert et même une équipe à Basse-Pointe… Il y avait pas mal d’équipes qui existaient. Ces équipes sont décimées et ne sont plus aujourd’hui. Donc, le championnat s’est amoindri, il y a moins d’équipes et il n’y a véritablement que deux équipes qui tournent vraiment. «
Tu es aujourd’hui mère et footballeuse. Comment allies-tu ces 2 vies ?
« Ce n’est jamais facile par rapport aux autres qui n’ont pas cette contrainte, cette contrainte qui est pour moi mon bonheur au quotidien. Mais, le football, c’est une passion. Donc, je m’organise pour assumer mon engagement, c’est très important, et assumer ma vie de mère. Souvent, ma fille vient avec moi, elle m’encourage. Donc, ça se passe comme ça et si elle ne vient pas, je m’organise pour qu’elle soit gardée dans de bonnes conditions. »
Fin 2023, tu as évolué en sélection de Martinique. En 2024, es-tu toujours sélectionnable ?
« En Martinique, il faut qu’on travaille beaucoup pour prétendre à un niveau Concacaf, Gold Cup, ou international. Il faut qu’on soit francs avec nous-mêmes. Personnellement, même si au niveau local, je suis une joueuse qui se débrouille plutôt bien, au niveau international, aujourd’hui, je n’ai pas ce qu’il faut. Je n’ai pas les conditions et la prise en main pour répondre à de telles exigences. En face, ce sont des joueuses semi-pros, qui s’entraînent tous les jours, qui ont des conditions et qui ont tout ce qu’il faut pour pouvoir y arriver. Ici, peut-être deux ou trois filles sortiront du lot, mais pas plus. Le reste, ça sera vraiment pour vivre l’expérience. Sinon, il faudra travailler et peut-être qu’avec du travail on pourra arriver à mieux. »
La sélection de Martinique est désormais composée de joueuses locales et de renforts d’Europe. Comment perçois-tu cette nouvelle politique sportive ?
« C’est une façon de faire qui a été mise en œuvre depuis les dernières sélections. Effectivement, on faisait déjà appel à certains renforts, pas autant, mais je pense que les moyens ont été mis de façon beaucoup plus conséquente pour qu’on ait plus d’aide. Si on veut avoir des résultats, se faire connaître, se faire voir, comme ça a été lors de la dernière campagne, je pense que leur apport est indispensable. Ça c’est sûr et clair. Ce sont des filles qui ont l’habitude d’enchaîner des matchs de très haut niveau chaque week-end, ce qui n’est pas notre cas lorsqu’on a un championnat à deux vitesses, déjà un, et, quand on n’a pas forcément les mêmes moyens que ces personnes. »
Enfin, 8 mars, journée internationale des droits des femmes… Catherine, quelle place a une footballeuse internationale martiniquaise dans la société ?
« Il faut être humble. Vous savez il n’y a pas de Ronaldinha ici. Il y en a peut-être une ou deux qui sortent du lot. Mais quand bien même, lorsqu’on arrive au niveau international, on voit quand même que c’est compliqué. Sans pour autant être une superbe grande joueuse, les gens me reconnaissent. Ça fait toujours plaisir. Mais, pour moi, il faut rester en humilité et travailler pour prétendre à mieux, pour s’améliorer. »
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