La gardienne du Club Colonial, Ludmilla Larcher, éloignée des terrains plus d’une saison suite à une blessure aux ligaments croisés, retrouve peu à peu le football avec détermination.

Interview de Ludmilla Larcher, gardienne du Club Colonial :

Tu es de retour sur les terrains après plus d’une saison sans jouer à cause d’une blessure. Comment ça se passe pour toi ?

« Le retour n’a pas été facile, forcément. Après une aussi longue absence, il y a beaucoup d’appréhension : retrouver les sensations, gérer les doutes, réapprendre à faire confiance à son corps. Mais aujourd’hui, je vais de mieux en mieux. Je retrouve du rythme, du plaisir, et surtout cette envie de contribuer vraiment sur le terrain. Ce n’est pas encore parfait, mais je suis là, et ça, c’est déjà une victoire en soi. »

Comment as-tu vécu ta blessure ? Quel était ton quotidien ?

« Honnêtement, ça a été une période difficile. Quand tu es blessée, tout s’arrête d’un coup, mais la vie autour continue. Tu te retrouves à l’écart, seule face à ta douleur, à tes pensées.

Mon quotidien, c’était beaucoup de repos, de rééducation, des rendez-vous médicaux… mais surtout beaucoup de silence. Tu apprends à être patiente, à ne pas forcer, à t’écouter. Et tu réalises que mentalement c’est encore plus dur que physiquement. »

Mentalement, pourquoi c’était compliqué ?

« Mentalement c’était très dur. Il y a des moments où tu doutes de tout : de ton retour, de ta place, de ton niveau… Il y a des jours où tu n’as plus envie de rien, où tu te sens inutile. Mais j’ai appris à mieux me connaître. À accepter mes émotions, à être plus forte dans le silence. Et au final, cette épreuve m’a beaucoup construite. Elle m’a rendue plus lucide, plus solide, et je crois… plus vraie.

Je remercie les personnes qui m’ont soutenue pendant cette période, surtout celle qui m’a encouragée quand je n’étais plus sous la lumière. Sa présence a compté.

Heureusement aussi, j’ai eu autour de moi quelques personnes clés, comme le président du club, la mère de Nsoah, mes coéquipières, celles qui ont été là avant, pendant et après, et jusqu’à maintenant, et quelques membres du staff qui ont eux aussi été là humainement. Je les remercie.

Je remercie aussi les gens qui ont continué à croire en moi, même de loin, mais aussi ceux qui ont pensé que je ne reviendrais pas. C’est dans l’ombre qu’on voit qui est vraiment là.

Et la personne qui mérite un vrai chapeau bas, c’est bien moi, car je n’ai rien lâché malgré tout et j’ai su remettre mes pieds sur le terrain malgré cette terrible blessure. »

Plus d’un an après, le Club Colonial est champion de Martinique et a une sacrée équipe… Vous percevez-vous comme l’équipe à abattre en Martinique ?

« Champion en titre, c’est une réalité. Mais dire qu’on est « l’équipe à abattre », je ne suis pas sûre. On a un nouveau groupe, très jeune dans l’ensemble, et en reconstruction. Il y a eu du mouvement, des départs, des arrivées…

Donc oui, on porte le maillot d’un club champion, mais aujourd’hui, on est encore loin d’être une machine. Il faut être honnête. Ce qu’on construit maintenant, ça va prendre du temps. On avance étape par étape, et on travaille pour mériter ce statut, pas pour le revendiquer. »

Honnêtement, l’équipe est-elle toujours sur un petit nuage ?

« Non. On n’est pas sur un petit nuage, on est dans le dur du travail. Il y a beaucoup à faire, beaucoup de choses à remettre en place. Le groupe est jeune, les repères sont encore fragiles. Mais la volonté est là, nous sommes conscientes qu’il y a du travail à faire pour atteindre notre meilleur niveau collectif. »

Comment trouves-tu le Club Franciscain et le RC Rivière Pilote aujourd’hui ?

« Ce sont deux équipes historiques, avec de la qualité et de l’expérience. Le Club Franciscain reste une équipe solide, avec un socle stable. Et Rivière-Pilote a toujours cette combativité, ce caractère.

Je pense que chaque saison, ces clubs-là sont à prendre au sérieux. Leurs expériences et leurs cultures de la compétition parlent pour eux. Ils restent présents dans chaque bataille importante.

Après, je pense que cette saison, il faudra compter sur d’autres clubs comme le nôtre. Le Club Colonial reste champion en titre et même si le groupe a évolué, on travaille pour rester compétitives.

C’est une saison où plusieurs équipes peuvent prétendre à quelque chose, et c’est tant mieux pour le football féminin martiniquais. »

Quelles sont tes attentes sur le plan personnel, collectif, mais aussi dans ta relation avec Naïma Zachelin, la gardienne titulaire la saison dernière ?

« Sur le plan personnel, mon objectif est simple : retrouver mon meilleur niveau, petit à petit, et être une vraie plus-value pour l’équipe. Je reviens d’une longue absence, donc je reste patiente avec moi-même, mais je suis aussi exigeante. Je veux retrouver ce que ma blessure m’a enlevé et accueillir aussi tout ce qu’elle m’a appris. Parce que même si elle m’a freinée sur le terrain, elle m’a fait grandir en dehors. J’en ressors plus lucide, plus forte, et plus déterminée. Ce que je veux maintenant, c’est avancer avec ça, avec ce mélange de rage, d’humilité et d’expérience. Je veux être utile, présente dans les moments clés et apporter de la stabilité.

Collectivement, je veux qu’on réussisse à créer un vrai groupe, avec un esprit fort, même si on est encore en construction. Il y a du potentiel, mais il faut du temps, de l’envie, et surtout de la cohésion. Je fais de mon mieux pour tirer le groupe vers l’avant pour qu’on arrive à construire un vrai groupe avec un état d’esprit fort et uni.

Concernant Naïma, je respecte totalement ce qu’elle a apporté à l’équipe la saison dernière. C’est une gardienne avec ses qualités, et je n’ai rien à prouver contre elle. Elle a été là pendant mon absence, je respecte cela. Mais aujourd’hui je suis de retour, concentrée sur mon travail. Nous sommes deux joueuses avec une mission commune : défendre les couleurs du club. Ce qui m’importe, c’est l’intérêt de l’équipe. Le poste appartient à celle qui est prête, performante et engagée, et moi je suis là pour ça.

Donc pour les âmes sensibles ou qui voient le mal partout, mon objectif ce n’est pas de réclamer une place comme si elle m’appartenait. Le foot, c’est ça : parfois on est là, parfois non. Je me suis blessée, une autre a pris le relais et c’est le jeu.

Mais maintenant que je suis de retour, je veux me battre pour regagner cette place, pas l’attendre. Je ne considère rien comme acquis. »

Le Club Colonial représentant des Antilles-Guyane en Coupe de France : ce rêve peut-il devenir une réalité ?

« Honnêtement, je ne suis pas défaitiste, mais je reste réaliste. Aujourd’hui, sportivement, on n’a pas encore le rythme nécessaire pour rivaliser avec les meilleures équipes de l’Hexagone. On est en reconstruction, avec un groupe jeune, et il faut déjà passer les étapes ici, aux Antilles. Rien n’est encore acquis.

Donc non, on n’est pas encore à ce niveau-là, mais on sait ce qu’on a à faire. Et si on veut mériter cette place, il va falloir hausser notre niveau, en équipe. Ce serait une belle vitrine, c’est certain, mais rien n’est encore joué. »

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