L’ancien joueur passé notamment par le Montpellier HSC ou le Gazélec Ajaccio, Joris Marveaux nous parle de la sélection de la Martinique, équipe avec laquelle il a disputé la Gold Cup en 2019.

Interview de Joris Marveaux, ancien milieu de terrain professionnel d’origine martiniquaise :

Tu es originaire de la Martinique. De quelle commune viens-tu ?

« Mon père est né à Sainte-Marie. Il a quitté la Martinique par rapport au travail. Moi je n’y ai été qu’occasionnellement, malheureusement. J’espère en profiter un peu plus tard. Je suis encore jeune on va dire. Donc j’espère y retourner plus régulièrement dans quelques années et y amener mes enfants. »

Qu’est-ce que cette île représente réellement pour toi ?

« La Martinique représente mes origines dont je suis fier. Mon père m’en a toujours parlé. C’est pour ça que j’ai tenu à faire la Gold Cup en 2019. Dans ma carrière, je me suis toujours consacré à mes clubs. J’avais un goût d’inachevé même si j’ai réalisé de belles choses durant ma carrière. J’ai gagné des titres. Mais, il me manquait quelque chose. Le fait de jouer en sélection et de représenter la Martinique est quelque chose qui m’a beaucoup apporté. C’est vrai, je n’ai pas beaucoup séjourné en Martinique. Je ne parle pas créole, je le comprends. Mais, j’ai toujours ressenti un attachement à la Martinique. Et c’est pour ça que j’ai essayé d’apporter ma contribution à sa sélection et de rendre quelque chose au football martiniquais parce que si j’ai réussi c’est aussi grâce à mes origines. Ceux de ma mère bien sûr mais aussi ceux de mon père qui adore le foot. Ça lui a fait plaisir que je participe à la Gold Cup avec la Martinique. »

Que peux-tu nous dire sur cette expérience internationale ?

« Ça a été l’un de mes plus beaux souvenirs footballistiques. J’ai également vécu de belles choses humainement… J’ai joué la Ligue des champions. J’ai été champion de France. Mais, être en sélection et faire partie d’un groupe était vraiment un sentiment à part. Et puis, la Gold Cup est un événement formidable. Il y a un niveau de compétition très relevé. On est dans une ambiance de Coupe du monde. On joue dans des stades qui sont supers. L’organisation de la compétition était très bien encadrée et très professionnelle. Digne des plus grandes compétitions. Pour moi c’était une expérience vraiment incroyable. Il s’avère que j’ai terminé ma carrière suite à la Gold Cup 2019. J’avais prévu de la continuer. Mais finalement, j’ai préféré terminer sur une très belle note. On a fait une belle participation et je n’en retiens que du positif. »

Quels joueurs de la sélection t’ont tapé dans l’œil ?

« Je n’ai pas envie de citer quelqu’un en particulier. J’ai été dans l’ensemble agréablement surpris par la qualité de l’effectif. Il y avait de très jeunes joueurs. Il y avait des joueurs qui étaient habitués à la sélection. Il y avait du niveau. On a rivalisé avec le Mexique lors de notre dernier match. Il y a des joueurs qu’on ne soupçonne pas. Il y a de la qualité dans cette sélection et dans le championnat martiniquais. Aujourd’hui, il y a quelques joueurs qui essayent de percer en France. Mickaël Biron fait un très bon début de saison et pourtant ce n’est pas évident. Il faut vraiment croire en ses capacités et persévérer. En tout cas, sur le plan humain et footballistique il y avait de très bons joueurs. »

Le coup franc de Kévin Parsemain face au Mexique était vraiment magnifique…

« Je ne peux pas le nier ! Tout le monde l’a vu. En plus, je me souviens que durant la compétition il avait eu quelques échecs. On le sentait frustré… Et puis il a tout lâché contre le Mexique ! »

Comment trouves-tu Mario Bocaly, le sélectionneur des Matinino ?

« Sur la liste des points positifs, j’ai rencontré aussi un super coach et une superbe personne. On est d’ailleurs encore en contact. De temps en temps on s’envoie un petit message. Durant la Gold Cup, il a fait un énorme travail pour améliorer ce qui pouvait l’être dans le but de faire grandir la sélection. Je sais qu’il œuvre beaucoup pour le football martiniquais. Il est bon tactiquement et dans sa gestion de l’effectif. Franchement, ça a été une belle rencontre. Mario est quelqu’un de compétent et avec lui on peut discuter. Je lui souhaite le meilleur pour la suite et pour tout ce qu’il fait pour la Martinique. »

Que manque-t-il à la sélection de la Martinique pour passer la phase de poules à la Gold Cup ?

« On a ressenti en 2019 qu’on n’était pas très loin. Même si on a une certaine expérience par rapport au nombre de Gold Cup qu’on a disputées(3 Gold Cup sur 7 ans), il faut encore travailler sur l’organisation de la préparation. Il y a encore des choses à améliorer. Après, quoiqu’on puisse dire, il faut quand même avoir dans toute compétition un groupe un minimum favorable je dirai. C’est vrai que la Martinique ne fait pas partie des favoris. Mais que ça soit en Coupe du monde ou en Champions League toutes les équipes regardent dans quel groupe elles tombent. Et je pense qu’il faut avoir une année où toutes les conditions soient réunies :

Avoir un effectif de meilleure qualité possible. Comme l’a fait Mario, avoir une majorité de joueurs locaux et ponctuellement quelques joueurs qui jouent en France ou ailleurs dans un autre championnat européen pour apporter autre chose, et avoir un groupe dans lequel on peut tirer son épingle du jeu.

Sur le dernier tirage, ça semble compliqué. Après dans le foot, rien n’est impossible. Je pense que Mario va trouver les mots et préparer au mieux son équipe. Mais, il y a beaucoup de facteurs pour pouvoir passer. Il ne faut surtout pas lâcher. On a vu tout ce qu’on peut apporter comme choses positives à nos familles et à beaucoup de gens en Martinique. Je pense que dans le contexte actuel, c’est encore plus important de pouvoir donner le meilleur de soi-même pour représenter la Martinique au plus haut niveau. J’espère qu’un jour ils vont pouvoir enfin franchir ce premier tour. »

Ton frère Sylvain Marveaux (FC Lorient) serait-il intéressé par l’idée de disputer la Gold Cup 2021 avec les Matinino ?

« Je ne préfère pas parler à la place de mon frère. On en a discuté. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de la sélection et le fait d’y participer. Pour des raisons personnelles, il se concentre sur son club. Peut-être que c’est une chose qui pourra évoluer et qu’il fera comme moi, je l’espère, un passage en sélection dans les saisons à venir. À voir pour la prochaine Gold Cup. Je ne sais pas. Après c’est aussi au sélectionneur de faire son choix. Mais je ne sais pas quelle est la position de mon frère. On en a parlé mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité.« 

Enfin Joris, après ta carrière professionnelle qu’est-ce que tu deviens aujourd’hui et as-tu des objectifs ?

« Suite à la Gold Cup, j’ai entamé une reconversion au club de Montpellier où j’ai joué presque 10 ans. J’ai coaché l’année dernière. Après la saison a été écourtée par rapport à la crise sanitaire. Ça a été une année enrichissante. J’ai appris beaucoup de choses sur le foot. Quand on passe de l’autre côté en tant que coach c’est différent. J’ai appris aussi des choses sur moi-même. Là, j’avais besoin de prendre un peu de recul par rapport à cette reconversion. Cette année, je veux passer du temps en famille. J’ai enchaîné entre l’arrêt de carrière et le coaching. Je n’ai pas eu de temps mort. J’ai deux enfants en bas âge. Donc aujourd’hui je me consacre à la famille pour justement réfléchir à la suite à donner à ma carrière professionnelle dans le foot ou ailleurs. »