Le 2e vice-président de la Ligue de Football de la Martinique, Fred Miram Marthe Rose ne sera pas sur la prochaine liste de Samuel Pereau lors des élections de la ligue le 29 novembre prochain. Dans cette interview, il nous parle de la « Mission 2024 ».

Interview de Fred Miram Marthe Rose :

Tu as choisi de ne pas faire partie de la liste de Samuel Pereau à l’occasion des prochaines élections pour la gouvernance de la ligue. Pourquoi une telle décision ?

« Ce n’est pas plus compliqué aujourd’hui qu’hier. Disons que ce qu’on fait sans hésitation à 20 ans n’est pas ce qu’on fait lorsqu’on est plus âgé. On est plus calculateur. Sachant que je ne m’engage jamais à moitié, je me suis interrogé sur ma motivation, sur mon envie, sur mes forces, avant de prendre ma décision de repartir pour 4 ans. Je n’ai pas trouvé suffisamment de motivation. Je me suis dit que je préférais être plus utile et plus efficace à côté qu’être inefficace et moins motivé à l’intérieur. Je ne laisse pas totalement le football. Je serai là si jamais on a besoin de mon expertise et de mes conseils. C’est sans hésitation que je les donnerai. La deuxième raison est que je suis convaincu aussi qu’il faille dans toute organisation assurer la transmission. À un moment, il faut donner la place à des nouveaux. Je suis convaincu que le football ne perdra pas au change. Mon départ et celui de quelques collègues du comité directeur permettront d’insuffler du sang nouveau et générer l’arrivée de nouveaux administrateurs aussi efficaces et aussi performants. »

Cela fait 54 années que tu es dans le milieu du football en Martinique. En tant que joueur, entraîneur et dirigeant. Quel est ton plus beau souvenir ?

« Mon plus beau souvenir, c’est à l’US Robert. C’était en 1987. J’étais secrétaire général du club. C’était l’année où nous avions réussi à remonter en Division d’Honneur après avoir été exclus du championnat, 3 ans plus tôt.

En fait, lors d’un fameux match US Robert – Réveil Sportif , le match s’était terminé sur le score de 2 buts partout où le Réveil nous avait égalisés grâce à 2 penalties. À cette époque, il y avait du monde au match. C’était chaud. Notamment au Robert où le public est particulièrement chauvin. Durant cette rencontre l’arbitre a été agressé et la sanction qui nous avait été infligée était l’exclusion du championnat. On nous a ainsi rétrogradés en Première Division. Le club a failli explosé puisqu’on a mis 20 ans pour parvenir à ce niveau. On avait beaucoup gambergé. Tous nos efforts se sont envolés en l’espace d’un match. On était vraiment découragés. Tous les joueurs qui n’étaient pas de la commune nous avaient abandonnés.

Mais heureusement, à cette époque, nous avions une équipe de cadets qui correspondait à une équipe de U17 aujourd’hui. Elle était performante et nous l’avions lancée dans le grand bain. Deux ans après, nous avions regagné la Division d’Honneur et nous sommes sortis champions de Martinique. Cette épopée-là a été en même temps mon pire et mon meilleur souvenir.  »

Revenons maintenant sur la « Mission 2024 », le nom du groupe de Samuel Pereau. Tu le soutiens pour les prochaines élections. Quels sont les points forts de son programme ?

« Le point fort de la liste de Samuel Pereau c’est d’abord Samuel Pereau. C’est vraiment un garçon exceptionnel ! Exceptionnel par sa connaissance du milieu du football et du milieu sociétal. Grâce notamment à sa profession de médecin et d’officier des pompiers. Il connaît aussi le pays, le territoire, le terrain. Depuis une trentaine d’années il est dans le milieu du football. En 1996, il était dans l’équipe d’Alain Rapon en tant que médecin puis vice-président de la Ligue. Son troisième critère est son caractère. C’est un homme conciliant et qui sait arrondir les angles. Il essaye toujours de comprendre tout le monde. Toujours à solutionner les problèmes. Et puis, le dernier élément c’est son bilan. Il suffit aujourd’hui de regarder où était le football. La Martinique est la 11e nation de la Concacaf sur les 41 pays. Elle est à la porte de la FIFA et prouve sa valeur au niveau des instances locales et internationales. On a donc l’homme qu’il faut. Maintenant la solution est de l’entourer et l’aider à pouvoir pousser le football vers le haut. »

Mais qu’est-ce qu’il propose pour aider le football martiniquais ?

« En fait c’est plus une poursuite de ce qui est déjà engagé. Il y a tellement de chantiers ouverts pour le football martiniquais que la mandature 2020-2024 sera simplement de conduire et finaliser les actions qui ont été entreprises. Il faut améliorer la structuration et la concertation des clubs. Il faut aussi des aides pour les nouvelles sections sportives mises en place pour les jeunes : à travers l’école, la nouvelle section sportive créée en Guadeloupe (CERFA), avec la création de la section sportive semi-professionnelle pour les jeunes en difficulté sociale. Nous sommes d’ailleurs dans l’attente d’une décision de la CTM pour l’octroi d’une subvention sur les fonds européens. C’est quand même 600 000 euros de fonds. Après, il y a les perspectives pour la sélection de la Martinique et également le dossier FIFA. Il faut aussi moderniser la Ligue. Aujourd’hui, il faut qu’on aille vraiment vers le tout informatique. Par exemple, créer un espace de conférence de présidents de clubs. Nous avons proposé qu’il y ait un espace de débats d’orientation budgétaire pour participer aux décisions mises en place. Mais aussi, il y a le projet d’amélioration de la Coupe de France. C’est une compétition qui recèle beaucoup d’inégalité en notre défaveur… Donc, il y a tout ce combat à mener et je pense que c’est largement suffisant pour occuper les 4 ans. »

Samuel Pereau s'exprime sur les Matinino et sur l'échec de l'adhésion à la  FIFA ! | | Globallfoot

Aujourd’hui comment trouves-tu le football en Martinique et principalement le niveau des Matinino ?

« Nous sommes classés 11e des Nations de la Concacaf. Avec tous les handicaps structurels que nous avons ! Contre des nations qui bénéficient d’avantages. Elles peuvent avoir les joueurs qu’elles veulent. Et nous, nous sommes toujours en train de faire un corps-à-corps avec les clubs professionnels qui nous les donnent quand ils veulent. Imaginez le jour où on pourra faire sauter le verrou et que la Martinique aura la possibilité d’appeler n’importe quel joueur à travers le monde. Je ne crois pas qu’il y aura beaucoup de nations de la Caraïbe et d’Amérique du Nord qui pourront rivaliser avec nous. Nous sommes à notre 7e Gold Cup dont la 3e consécutive. Aujourd’hui, on a bien compris que pour être performante il faut que la sélection de la Martinique ait une ossature des 7-8 joueurs les plus forts évoluant en Martinique et compléter avec 4 joueurs professionnels de haut niveau. Voilà le dosage qu’il faut. Ce n’est pas en mettant 11 joueurs professionnels sur un terrain qu’on va gagner. Il manquera la volonté de mettre le pied et la détermination. Et ça, ce sont les locaux qui les mettent. Mais au contact des professionnels, les locaux se surpassent. Les pros sont surpris de voir le niveau des Crétinoir, des Abaul, des Hérelle… et sont aussi surpris que ces garçons n’aient pas fait de carrière professionnelle. Donc, on a la chance d’avoir ce noyau-là. On a des jeunes qui poussent aux portes de la sélection. On a réussi à avoir un staff de qualité. Quand on écoute parler les joueurs professionnels qui viennent, ils disent que la qualité du staff technique et médical est de très haut niveau. »

Penses-tu que Samuel Pereau réussira à faire adhérer la Martinique à la FIFA ?

« On n’est pas loin. Ça prendra le temps qu’il faudra. Il faut laisser le temps au temps. Moi je crois qu’on n’a jamais été aussi près. Il ne faut pas oublier qu’on n’était nulle part. Le président Félix Chauleau avait donné l’idée d’intégrer la Concacaf. Le président Joseph Ursulet nous a fait rentrer à l’UFC. Le président Alain Rapon a fait en sorte que nous soyons membres associés à la Concacaf. Sous la présidence de Samuel Pereau nous avons été membres « full member » de la Concacaf et aujourd’hui membres associés de la FIFA. Les choses prennent du temps. Ce qu’on veut faire est quand même révolutionnaire. Mais on avance. On vient de franchir un pas important récemment. Quand le premier ministre répond au président Alfred Marie-Jeanne que l’intégration à la FIFA n’est pas l’affaire du gouvernement mais l’affaire de la FFF. C’est une réponse fondamentale parce que jusqu’à présent la FFF nous disait de voir avec le gouvernement. C’est tout à fait vrai ! Quand on prend le statut de la FIFA, il suffit aujourd’hui que nous aillons l’accord de notre fédération de tutelle. Donc il appartient à Monsieur Le Graët et à celui qui va le suivre de comprendre qu’on ne peut pas nous comparer aux départements de France puisque nous ne sommes pas situés sur le même territoire. Nous sommes situés dans une zone géographique caribéenne et américaine. Nous faisons partie d’une confédération. Ce que même la Corse ne peut pas revendiquer. Nous sommes dans la Concacaf, une puissante fédération au niveau de la FIFA. Et puis, on a une histoire, un passé et une culture qui nous autorisent à aller à la FIFA. Donc, je pense que ça peut arriver demain comme ça peut prendre du temps. Mais il faut maintenir la pression et poursuivre le travail. Je suis persuadé que ça va arriver. »