La journaliste martiniquaise du quotidien L’Équipe, Syanie Dalmat déplore le manque de diversité au sein des journalistes femmes dans le documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste ! » diffusé sur Canal +, dimanche dernier. Au point de se sentir exclue d’un sujet qui la concerne.

Extrait d’un passage de Syanie Dalmat (journaliste sportive à L’Equipe, originaire de la Martinique) à l’occasion d’une émission sur Twitch concernant la place des femmes dans les médias et les rédactions de journalisme :

A propos du documentaire de Marie Portolano (Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste), vous avez partagé sur Twitter avoir été offensée par ce dernier pour le manque de représentations des journalistes racisées. Est-ce qu’on peut revenir là-dessus ?

« Quand on se sent discriminé, on a tendance à ne pas oser et à se mettre de côté. En étant déjà une femme dans une rédaction majoritairement masculine, même si personne n’est venu me dire que je n’avais pas ma place à L’Equipe, forcément on se pose des questions. Je ne vois que très peu de personne qui me resemble. Parfois on se dit : suis-je une anomalie et qu’est-ce que je fais là ? Des fois on me dit que je fais des bons papiers mais inconsciemment tu as tendance à te poser plus de questions par rapport à un homme qui connaît les codes. Quand j’ai vu la bande-annonce du documentaire de Marie Portolano, j’ai fait la réflexion de me dire : c’est encore les mêmes visages qu’on voit souvent à la télévision. Le stéréotype de la présentatrice, journaliste de télévision, qui est la jeune femme blonde avec un physique avantageux… Dans le documentaire, je trouvais qu’elles se ressemblaient toutes. Je n’ai pas vu une jeune femme noire. Je n’ai pas vu une jeune femme d’origine maghrébine ou arabe. Je n’ai pas vu une femme asiatique. Je me suis demandée qu’est-ce que ça disait du métier. En fait, je pense qu’on invisibilise des gens qui pourtant sont là. Moi je suis là. À L’Equipe, j’ai une collègue, Annabelle Rolnin, qui est métisse et puis je croise d’autres journalistes qui sont issues de la diversité qui constitue la société française. Mais effectivement sur le fond, le documentaire est essentiel. J’en avais la boule au ventre quand ça s’est terminé. Je me suis demandée comment on peut infliger ça à des personnes et surtout à des femmes. Quand j’ai vu Margot Dumont, que je connais bien, en larmes dans ce documentaire franchement j’ai eu la boule au ventre. Il est important qu’à la télévision et dans les médias on donne la place aux gens issus de la diversité. Il faut que dans les rédactions on se pose plus de questions lorsqu’on reçoit des candidatures. La compétence doit arriver en premier. Mais il faut sortir d’un certain entre-soi dans les rédactions qui n’est pas enrichissant et qui ne fait pas évoluer la presse, les médias et nos regards. Ce documentaire m’a touchée et personnellement je me suis sentie exclue du débat. Il aurait fallu avoir quelqu’un qui représente la diversité. Peut-être pas moi forcément… Mais les symboles sont hyper-importants. Une gamine noire de 13 ans qui voit ce documentaire pourrait se dire : moi je ne ferai pas de la télé quand je serai grande car ce n’est pas pour moi, je n’ai aucune chance puisque je ne leur ressemble pas. »

Spécialisée dans le football, Syanie Dalmat (L’Equipe) possède une grande expérience dans le journalisme sportif, un domaine largement dominé par les hommes. Passée par France Soir, elle a déjà couvert de grandes compétitions internationales masculines comme féminines. Engagée pour la promotion du football pratiqué par les femmes, elle avait co-signé avec plus de 150 femmes la tribune « Femmes journalistes de sport, nous occupons le terrain ! », parue sur le site du Monde dimanche 21 mars.