Réélu au conseil de la CONCACAF, Maurice Victoire parle de son rôle au sein de la confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes. Il évoque également le dossier FIFA.

Interview de Maurice Victoire, réélu au conseil de la CONCACAF :

Le 36ème congrès de la CONCACAF s’est tenu en juillet dernier. Qu’est ce qu’on peut retenir de ce congrès ?

« Durant le 36ème congrès de la Concacaf, tous les rapports ont été votés. C’est-à-dire, les rapports financiers, commerciaux et forcément le plus important, le rapport d’activités. À la CONCACAF, nous avons organisé 11 compétitions : les éliminatoires de Coupe du monde ; la Gold Cup, la compétition phare de la CONCACAF avec 24 participants cette année puisque nous avons eu une phase préliminaire due au Covid ; la Nations League, qu’on a initiée et qui représente 105 matchs. Mais aussi, les éliminatoires pour les Jeux Olympiques, des compétitions de futsal et beach soccer… Précisons que la Gold Cup en 2021, c’est quand même un record battu. C’est 49 millions de vues et un tournoi regardé dans 190 pays dans le monde. De plus, nous organisons ces jours-ci les éliminatoires dans la catégorie féminine U17. Nous avons également la Ligue des champions : une autre compétition phare qui a vu les Tigres de Monterrey, un club du Mexique se qualifier pour représenter la confédération à la 18e édition de la Coupe du monde des clubs de la FIFA prévue au Japon en décembre 2021. La Ligue des champions c’est quand même 249 matchs joués. Quelque chose d’énorme ! »

Tu as également été réélu au conseil de la CONCACAF. Qu’est ce que ça représente pour toi ?

« Ça représente une grande fierté. Je l’avais dit il y a 4 ans, cette élection, je la dois à 2 hommes. Mon père, forcément et Alain Rapon parce qu’il a cru en moi. Il m’a incité à être qui je suis aujourd’hui et ça fait 20 ans que ça dure. C’est également une immense fierté de représenter la Martinique au sein de cette grande institution qu’est la CONCACAF. »

Quelles seront tes prochaines missions ?

« Je pense qu’elles seront les mêmes qu’il y a 4 ans puisque nous ne nous sommes pas encore réunis aujourd’hui pour déterminer notre fonction à tout un chacun. Ma dernière mission était que j’occupais le poste de président des associations membres de la Caraïbe à la CONCACAF. Beaucoup d’associations sont en grande difficulté. Par exemple, tout proche de nous, il y a Trinidad qui a d’énormes problèmes administratifs ; ce qui fait que la fédération est sous tutelle de la FIFA à l’heure actuelle. Et puis, il y a Haïti qui a vu le président du comité de normalisation de la Fédération Haïtienne de Football démissionner de son poste.

Je suis un élu de la CONCACAF siégeant en tant que membre représentant cette dernière au sein de l’Union Caribéenne de Football. Mon rôle est donc de représenter la Caraïbe au sein de la CONCACAF, transmettre les décisions qui sont prises, et m’assurer qu’elles sont mises en place. L’Union Caribéenne de Football respecte les mêmes piliers que la FIFA : le football pour tous, la bonne gouvernance, la transparence, le développement. D’ailleurs, l’Union Caribéenne a aussi un plan stratégique. Par exemple, elle met en place une université pour pouvoir former arbitres, dirigeants, commissaires et managers d’équipe… Donc, on souhaite vraiment se professionnaliser dans la zone au maximum pour tendre vers le meilleur. »

Selon toi, la Martinique membre de la FIFA c’est pour quand ?

« Il y a un journaliste qui m’a dit un jour que c’est un combat. Pour moi, ce n’est pas un combat, c’est un dossier à mener. Ce dossier, au président de la CONCACAF, ça lui tient à cœur. Au président de l’Union Caribéenne, ça lui tient à cœur ainsi qu’au président de la FIFA, lui-même. Mais, chaque chose en son temps. Ne soyons pas pressés. Je dirais qu’on doit se préparer à être d’abord membre associé avant de devenir membre à part entière puisque nous ne sommes pas indépendants. C’est pour ça que je dis que c’est un dossier et non un combat. Il faut tenir compte de certains paramètres. Mais, la CONCACAF s’adapte par rapport à nos besoins et prend en compte les réalités de sa zone. Par exemple, elle prend en compte les difficultés pour voyager ou encore crée des compétitions. Elle a créé un tournoi pour les clubs champions amateurs de la Caraïbe ; un championnat pour les équipes semi-pros du Honduras ou du Costa-Rica etc ; et une compétition pour les clubs pros du Canada, des Etats-Unis et du Mexique. En somme, la CONCACAF se plie au développement de sa zone. Le dossier FIFA est un dossier assez lourd. Un dossier qu’on ne pourra pas boucler du jour au lendemain. Donc, être membre associé à la FIFA voudrait dire qu’on reste quand même attaché à la Fédération Française de Football. Être membre à part entière voudrait dire que nous devenons comme les 35 autres membres de notre zone : une fédération. »

L’un des supporters emblématiques de la Martinique, Johan Vladar, souhaite que les Matinino affrontent un jour des sélections sud-américaines. C’est une utopie ou un rêve réalisable ?

« C’est un rêve réalisable. Mais tant que nous ne sommes pas membres FIFA à part entière, le chemin sera long. Ça n’intéresse pas les autres nations de nous inviter à un match amical puisqu’on ne rapporte pas de points dans le ranking FIFA. Il y a des dates qui sont destinées à des matchs amicaux et à des matchs de compétition. Demain matin, la Martinique, membre à part entière de la FIFA, peut avoir un match amical avec qui bon lui semble dès que ça rapporte des points à qui voudra bien nous rencontrer. Mais Johan, que je connais très bien, vise l’Amérique du Sud. Moi, je vise l’Afrique et pourquoi pas Andorre pour commencer. Des pays qui sont probablement à notre portée. Faire un match amical avec de grandes nations comme ça, c’est un rêve. Qui n’a pas de rêve, n’a pas de but. Pourquoi pas l’Argentine ? Oui. Mais pour cela il faut que nous soyons un jour membres à part entière de la FIFA. »