Vidéo de présentation :

 

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L’interview en audio :

 

Tu as participé à deux reprises à la Gold Cup avec la sélection de la Martinique en 2003 et en 2013, comment as-tu vécu ces moments-là ?

« C’est vrai que ça a été des moments exceptionnels parce que, nous, petit département français, on allait affronter en 2003 les Etats-Unis. Puis, la deuxième fois que je suis allé en Gold Cup en 2013, on allait affronter le Mexique. Après c’est vrai que sur les deux participations le contexte avait quand même évolué. La Gold Cup maintenant c’est un match par ville alors qu’avant on jouait à peu près sur le même site. Les conditions de déplacement aussi c’est du haut niveau… Donc c’étaient des expériences assez exceptionnelles qu’on garde en mémoire. »

Comment se déroulait la préparation physique afin d’être prêt le jour J ?

« C’est vrai que cela fait déjà un petit moment que la sélection a mis en place des stages bloqués. En 2003, on était partis à Trinidad où on y était resté pendant une semaine. Puis, en 2013 on était allé à Portland. Grâce à Rudy Manival, qui travaille chez Nike là-bas, il nous avait donné de superbes conditions d’entraînements. On était bloqué là plus d’une semaine. Donc c’est vrai que la sélection met le paquet en ce qui s’agit de la préparation physique pour être prêt le jour J. »

En général, en sélection on a quel style de planning quand on prépare une Gold Cup ?

« C’est quasiment le planning d’un joueur professionnel parce qu’on est mis à disposition du sélectionneur. Durant la journée, on s’entraîne deux fois par jour, des fois. Après plus on se rapproche de la compétition moins il y a d’entraînements. Mais ça c’est tout à fait normal. C’est vrai que physiologiquement parlant, on a ce qu’il faut comme formation au pays pour se préparer pour ce genre d’évènements. Nos cadres, avec lesquels j’ai travaillé, donnent les éléments pour que l’on soit prêt le jour J. »

  Les jours de matchs comment on les aborde mentalement ?

« C’est à ce niveau que la différence se crée avec le milieu professionnel. C’est vrai qu’on est un petit département mais on a quand même une identité, on représente la Martinique. Souvent, nos sélectionneurs jouent sur cette fibre là pour nous motiver, pour nous booster. Après, ça reste quand même un match de foot. Si on a de l’envie, ou si on veut mouiller le maillot, derrière il faut avoir ce qu’il faut tactiquement, techniquement et physiquement pour répondre présent sur le terrain. »  

A l’aide de ton expérience, aujourd’hui que faut-il avoir pour faire de belles prestations en Gold Cup ?

« Moi je pense que pour briller un peu plus en Gold Cup il nous faut un plus dans tous les domaines. Physiquement, il faut qu’on évolue un peu plus et aller plus loin dans notre préparation. Tactiquement, il faut qu’on aille un peu plus loin. Techniquement, il faut qu’on soit encore meilleur… Mais tout ça, cela dépend de la volonté, de l’implication d’un peu tout le monde. Quand je préparais la Gold Cup, même quand j’étais pro, je préférais faire la préparation en Martinique. C’est-à-dire faire la préparation dès le début avec tout le monde pour être au top. Après c’est une volonté personnelle aussi. Si on sent qu’on est fébrile dans un domaine il faut qu’on travaille dans ce domaine-là. »

 D’après toi, que manque-t-il à la sélection de la Martinique aujourd’hui ?

« Aujourd’hui, sur le tournoi qui s’est déroulé en Martinique, on a l’impression qu’il manquait un peu de fraîcheur physique. Après, je pense qu’il faut encore faire confiance aux cadres qui ont fait la préparation. Peut-être qu’ils ont tout basé sur la Gold Cup. Donc on verra dans quelques jours si l’entraînement qu’ils ont réalisé à Marie-Galante va porter ses fruits. Mais c’est vrai qu’en face, on a quand même des pays qui vont hausser leur niveau. Par exemple, Curaçao, qu’on avait joué il n’y a pas longtemps, n’était pas aussi bon. Cette année, j’ai été surpris.

Je pense aussi qu’il nous manque quelques renforts professionnels. Je suis aussi pour qu’on soit aidé par quelques pros qui amèneraient de l’expérience et un peu plus de maturité. »

Tu as été joueur professionnel, est-ce que tu peux expliquer pourquoi les clubs professionnels ne veulent pas trop libérer les joueurs de haut niveau martiniquais ?

« Le motif le plus important c’est le risque de blessures. Dès que tu t’en vas, il y a le risque de blessures. Elle peut être due aux entraînements.

Peut-être aussi que les clubs pros ne nous font pas confiance. Peut-être qu’ils ont l’impression qu’on n’est pas compétent aussi alors que ce n’est pas le cas.

Ensuite, avec l’enchaînement des entraînements et des matchs, tu as plus de chances de te blesser…

En plus tu vas loin! (la distance Martinique-Europe) Souvent on est dans des clubs européens mais il faut faire 8 heures de vols pour aller faire un match…

Puis, on connaît la réputation de la Caraïbe. Souvent quand on se déplace, des fois on mange mal… Donc tous ces facteurs-là démontrent que les clubs pros sont parfois réticents.

Après, tout le monde doit se donner un peu plus. Il faut se donner les moyens. La Guyane arrive bien à libérer des joueurs de haut niveau. Ils font confiance aux joueurs expérimentés qui sont en fin de carrière. Peut-être que, nous, il faut qu’on se dirige vers ce genre de profil-là pour apporter un peu plus de maturité et d’expérience dans un groupe. »    

D’après toi, quelle serait la solution pour renforcer le football martiniquais ?

« Pour renforcer le niveau du championnat martiniquais, je pense qu’il faut qu’il soit un peu plus attrayant. Après, ce qui se passe déjà n’est pas mal. On a des clubs qui jouent le haut de tableau en Régional 1 qui proposent du beau spectacle. Quand tu rencontres le Golden Lion, le Club Franciscain… C’est vrai qu’il y a de la qualité. D’ailleurs peut-être que les autres dirigeants doivent trouver d’autres éléments pour monter de bonnes équipes dans leur coin afin de rivaliser avec ces deux équipes-là. On aura peut-être plus de rivalité dans le championnat ce qui va élever le niveau. C’est vrai que c’est difficile. Moi je le vis actuellement avec la Samaritaine. C’est difficile de mobiliser, de rassembler du monde, de faire venir du monde aussi pour apporter de l’expérience… Mais il faut s’accrocher et ne pas lâcher le combat. »    

Faire un championnat semi-professionnel (la mise en place de salaire et le renforcement d’indemnités…) est-ce vraiment une solution afin de renforcer le niveau de jeu ici ?

« Oui ! Cela veut dire aussi que les gars aussi seront mis à disposition des clubs pour s’entraîner un peu plus souvent. Plus tu t’entraînes plus tu progresses. Après il faut être réaliste. Est-ce que ça va être possible ici ? Je vous pose la question. Déjà on a du mal à libérer des joueurs martiniquais pour aller faire des matchs avec la sélection… Alors je ne sais pas où on va trouver les moyens. Semi-professionnel cela veut dire que pendant la moitié de leur temps les joueurs pourront venir s’entraîner. Donc je n’y crois pas vraiment. Même en étant comme on est là, on peut faire plus. On peut s’entraîner un jour de plus. On peut s’entraîner individuellement. Et puis, ça ne peut que nous être bénéfique. » 

Enfin, tu es coach aujourd’hui, qu’est-ce que tu inculques principalement à tes joueurs ?

« Moi je suis revenu à la Samaritaine. J’ai vécu avec le groupe pendant deux ans-trois ans. J’ai observé. Je n’étais pas préparé à être entraîneur tout de suite. Finalement, ça m’est tombé dessus donc j’ai pris. Donc après avoir observé le comportement de mon groupe, je pensais qu’il nous manquait de la rigueur, du sérieux, et de la discipline. Donc cette année on a instauré ça. Dieu merci, cela nous a servi puisque finalement on remonte en Régional 1 et on gagne la Coupe de la Martinique. Mais je pense que ces trois paramètres-là sont les premiers paramètres pour réussir après la technique et la partie tactique. Mais c’est peut-être beaucoup plus facile à enseigner dans notre championnat en tout cas. »

 

Te vois-tu un jour sélectionneur de la Martinique ? 

« Franchement, déjà je ne me voyais pas entraîneur en sénior. Je m’étais juré de ne pas entraîner en sénior parce que je n’aimais pas la gestion du groupe, les caprices des partenaires… Maintenant, c’est arrivé. Finalement, cela s’est plutôt bien passé. J’ai l’impression que je commence à prendre plaisir dans la fonction. Avant même d’aller plus loin, je pense quand même qu’il faut que je prenne un petit peu plus d’expériences, que je continue un peu plus à me former… Puis, si jamais l’opportunité se présente ou la motivation est là, je vais sans doute me diriger vers le poste de sélectionneur. Mais aujourd’hui, ce n’est pas une priorité. Mais comme je dis, il n’y a pas longtemps je disais la même chose pour le poste d’entraîneur, donc on verra. »