Interview !

 

Actuellement, nous sommes en Martinique. Qu’est-ce que cette île représente réellement pour toi?

« Cette île représente beaucoup pour moi. Je suis née, ici, à Schœlcher. J’ai vécu au Prêcheur. J’ai frappé donc mes premiers ballons en Martinique. J’ai grandi ici. Mes racines sont ici. Cette île représente énormément pour moi car il y a toute ma famille dont ma mère et à chaque fois, il y a toujours plein d’émotions quand on revient dans son île d’origine. » 

 

Au cours de ton séjour ici, tu as rencontré beaucoup de jeunes, pourquoi un tel intérêt pour la jeunesse martiniquaise ?

« Tout simplement parce que j’aime bien partager mon expérience. Les jeunes d’aujourd’hui sont à l’écoute. Comme je dis souvent : Quand j’étais jeune, j’aurais bien aimé avoir un Martiniquais sportif de haut niveau qui puisse venir partager un peu son expérience et son vécu. Je sais que ça peut aider beaucoup de jeunes. Moi j’étais en demande quand j’étais en Martinique. Malheureusement, je n’ai pas eu cette chance-là. Mais à chaque fois quand je reviens j’essaye de partager mon expérience auprès des jeunes. C’est beaucoup de plaisir pour moi. » 

 

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Wendie Renard  au collège Edouard Glissant

 

Comment trouves-tu le secteur de la formation des joueuses de football en Martinique ?

« C’est vrai que c’est un domaine qu’il faut encore qu’on développe. D’une manière générale, le football en Martinique a encore une marge de progression. Il y a du boulot qui se fait et qui a été fait. Mais il faut qu’on arrive à développer la base. La base est ce qui amène au haut niveau. C’est un objectif, il faut qu’on arrive à développer le football des plus jeunes. Il faut encore plus de structures aux petits et aux petites pour pouvoir travailler comme il faut pour développer le potentiel des jeunes dans toutes les catégories. »

 

D’après toi, que faut-il pour réussir dans l’Hexagone après avoir joué en Martinique?

« Déjà, il faut croire en soi. Si on ne croit pas en soi ça ne sert à rien de partir dans l’Hexagone. Si ce sont des gens qui te disent « pars car tu as le potentiel pour réussir », moi, je dis non! Il faut que ça vienne déjà de la personne. Du joueur ou de la joueuse. Il faut vraiment avoir envie de réussir. Après, il faut forcément du mental parce que quitter son île ce n’est pas forcément facile. Ce ne sont pas tous les parents qui peuvent suivre leur enfant en Métropole. Donc il faut avoir du mental et dans la vie il faut savoir ce qu’on veut d’une manière générale. Après, il faut avoir des qualités, être vraiment sérieux. Il faut savoir pourquoi on a quitté notre île. Si on quitte notre île c’est pour réussir dans le foot et se donner à fond ! »

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12 Championnats de France, 7 Coupes de France au compteur. Tu as été championne d’Europe encore une fois cette année avec l’Olympique Lyonnais. Tu as gagné 5 Ligues des champions mine de rien… C’est quoi la recette ?

« Le travail ! La recette c’est le travail et dans la vie ce n’est que ça. Il faut avoir de la transpiration tous les jours. Comme j’ai dit, j’aime ce que je fais. J’ai la chance d’être dans un grand club. J’ai la chance d’avoir un président, Jean-Michel Aulas, qui a cru en nous depuis 2004 quand il a repris la section féminine. Chaque année il l’a développée. Chaque année, il l’a structurée. C’est vrai qu’il voulait gagner des titres. Aujourd’hui, on arrive chaque année à lui ramener un trophée. Donc, il ne perd pas au change parce qu’il investit et on arrive à lui remettre tout ce qu’il a apporté à la section. C’est beaucoup de bonheur. Après, la recette c’est le travail. »

 

Le 20 juillet prochain, tu auras 28 ans. Tu aimerais jouer au football jusqu’à quel âge ?

« Ce n’est pas une question que je me pose. Maintenant, c’est vrai que l’âge monte. J’ai commencé le football à l’âge de 7 ans. Je suis partie en Métropole à 16 ans. Donc forcément j’ai des années derrière moi. Mais j’ai encore des années devant moi. Si le physique suit, si le mental suit… C’est la tête qui dirige tout. Donc si tout se passe bien, il n’y a pas d’âge pour arrêter. Mais forcément, le jour où j’en aurai marre, j’arrêterai. »

 

L’année prochaine, en 2019, il y aura la Coupe du Monde de football féminin en France, quelles seront vos ambitions ?

« Quand on est compétitrice et quand on commence une compétition, et c’est le cas à l’Olympique Lyonnais, on souhaite aller au bout. On se donne les moyens d’aller le plus loin dans la compétition. La Coupe du Monde sera à la maison. Devant nos familles et devant nos supporters. Il faudra donc bien mouiller le maillot et se donner les moyens de pouvoir réussir et remporter cette compétition. Maintenant, on sait que c’est une Coupe du Monde. C’est ce fameux beau trophée ! Il me fait vibrer depuis toute petite. C’est compliqué de pouvoir le remporter mais on a encore plusieurs mois devant nous. D’ici là, il peut se passer énormément de choses. Comme je dis, chaque chose en son temps mais c’est sûr que quand on a une compétition comme ça à la maison ça fait plaisir. »

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Après près d’une semaine de Coupe du monde chez les garçons… Aujourd’hui quelle équipe t’a tapée dans l’œil ?

« Pour être honnête, je n’ai pas regardé beaucoup de matchs à part celui de l’équipe de France. Mais en tout cas, j’ai suivi les résultats et j’ai vu des extraits. Donc, pas des matchs entiers mais des bouts de matchs. Mais sinon, j’ai vu un Portugal avec un Cristiano Ronaldo en forme, costaud et appliqué. Après, le Mexique a fait mal face à l’Allemagne. Ils ont fait bonne impression. La Belgique aussi fait une bonne entrée dans la compétition. Il faut se méfier de cette équipe qui est assez jeune et qui a énormément de qualités, comme en France. C’est une équipe qui aujourd’hui prend de la bouteille comme on dit. Il y a aussi beaucoup de joueurs expérimentés avec beaucoup de joueurs qui jouent dans les grands clubs, et qui gagnent des titres. Il faut que la Belgique continue d’être sur sa lancée en gagnant des trophées avec Eden Hazard que j’aime beaucoup. Mais d’une manière générale, durant cette Coupe du Monde il y aura des surprises. Pour moi, il n’y a plus de petites nations même si les gens ont tendance à dire qu’il y a encore de petites nations. Mais pour moi ça, c’est fini. Tout le monde se structure. Tout le monde travaille et aujourd’hui ça donne une belle Coupe du Monde. »

 

L’équipe de France masculine championne du monde, tu y crois ?

« Oui j’y crois ! Encore une fois, on est encore en lice. On n’est pas éliminé. On a fait un premier match, même s’il y a eu énormément de critiques, par rapport à d’autres équipes favorites, on a gagné. Les garçons ont gagné et ont fait le boulot. Il n’y pas mieux pour rentrer dans une compétition qu’une victoire en sachant qu’on peut toujours faire mieux dans un match. Et d’ailleurs, on peut faire mieux ! Les prochains adversaires seront forcément différents. L’Australie, lors du premier match, a refusé le jeu. Ce n’est pas forcément évident mais l’équipe de France a le potentiel pour aller loin dans cette compétition. Maintenant, la clé est à eux et je pense que le sélectionneur fera tout pour garder tout le monde sous pression et pour surtout amener le groupe le plus loin possible. Il y a des joueurs expérimentés. Il y a de jeunes joueurs. Il ne faut pas oublier que c’est une Coupe du Monde et par moment on oublie qu’il y a de la pression. Ce n’est pas un championnat de France ou une coupe d’Allemagne… Il faut respecter cette compétition comme toutes les autres tout en sachant que la pression est élevée car tu représentes tout un pays. Il y a énormément de joueurs en équipe de France qui n’avaient pas encore connu de Coupes du Monde. C’était pour certains leur premier match. Mais, ils rentreront dans la compétition certainement face au Pérou. » 

 

Autre sélection. La sélection de la Martinique a dernièrement gagné un tournoi réunissant les équipes de la Guadeloupe, la Guyane, et la Corse… crois-tu que l’équipe de la Martinique (secteur masculin) se qualifiera à la Gold Cup 2019 ?

« Oui. En tout cas, c’est tout le mal que je leur souhaite. Ces dernières années, ils ont souvent été qualifiés. Ils font du bon travail. Il y a encore une fois des jeunes de qualité au pays et des joueurs martiniquais qui sont en Métropole qui a chaque fois se font rappeler pour hausser le niveau. Donc c’est du bon boulot. Après, il faudrait développer encore plus le niveau des jeunes. On a un potentiel qui est énorme et malheureusement il manque un peu de structure. Il faut continuer à travailler mais c’est tout le mal que je souhaite aux garçons de se qualifier pour la Gold Cup et c’est bien parti car ils ont un bon groupe. »   

 

Au terme de ta carrière de joueuse professionnelle, penses-tu travailler encore dans le football ?

« Cela fait au moins 2-3 ans que je commence à regarder mon avenir. J’ai déjà commencé. J’ai passé déjà des diplômes d’entraîneur. J’ai fini une formation de management au mois de Février-Mars. C’est quelque chose que je travaille. Maintenant, il est vrai que les mentalités changent énormément. Tout dépendra de mon envie à la fin de ma carrière pour voir si ça me plait. Mais je n’ai pas envie de me prendre la tête en fait. Après tout ce que j’aurai fait dans le foot, je n’aurai pas envie de me prendre la tête. Si je dois continuer dans le foot, j’aimerais aider les plus jeunes. Il faudra travailler dessus. Mais au final, soit je resterai dans le sport, soit je changerai de domaine. » 

 

Enfin, si tu avais un message à adresser aux femmes de Martinique, quel serait-il ?

« D’une manière générale, il faut continuer à lutter, à combattre… Le combat est rude au quotidien par rapport à cette rivalité entre les hommes. Mais pour moi, il n’y a pas de rivalité. Chacun à sa place dans la société. Il faut juste continuer à croire en ses rêves. La vie devient de plus en plus difficile donc il faut savourer les moments et prendre plaisir tout simplement. »

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