Interview d’un ancien sélectionneur martiniquais qui a d’ailleurs, lui aussi, participé à une Gold Cup. C’était en 2013.

Patrick Cavelan :

 

Les 5 années précédentes tu étais en Métropole. Après avoir participé à la Gold Cup en 2013 avec la sélection de la Martinique, pourquoi partir pour la France ?

« J’avais fait un choix familial puisque mon fils aîné avait été repéré lors d’une détection par le Montpellier Hérault. Donc on a fait un choix familial. On a choisi de se déplacer avec lui sachant que laisser partir seul un enfant de 12 ans ce n’est pas toujours une chose évidente. Aujourd’hui, il a 17 ans. Nous sommes revenus au bercail et lui, il continue son petit bonhomme de chemin. »

 

Dans l’hexagone, tu es toujours resté dans le domaine du football, quel bilan peux-tu faire de ton parcours là-bas ?

« J’étais parti en fait pour prendre une année sabbatique. Mais l’appel du terrain était très fort. Je me suis ainsi présenté à un club de la ville où j’habitais qui est l’US Lunel, un club lambda de la première division, avec lequel j’ai connu deux montées consécutives les deux premières années. La 3e année, je me suis consacré à l’Académie de football des « Sportifs 2 Cœur », avec lequel on travaille avec des jeunes qui ont entre 13 et 15 ans pour les placer en centre de formation. Enfin, c’est la plus grande expérience que j’ai eue et que je retiens là-bas. »     

 

Comment est le football dans l’Hérault par rapport à celui de la Martinique ?

« En fait, s’il faut comparer le football, je pense qu’on a autant de joueurs de qualité intrinsèque. Mais le football dans l’Hérault est beaucoup plus développé qu’en Martinique. Il y a beaucoup plus d’infrastructures, de terrains, de moyens… Le football est organisé des U6 jusqu’aux séniors et il y a un championnat pour chaque catégorie. Donc la différence se fait là. Maintenant, si on parle de qualité intrinsèque et de footballeurs, je pense qu’on n’a rien à envier car on est une terre de foot. Mais, ils sont beaucoup mieux organisés que nous. » 

 

Quels sont tes méthodes pour manager une équipe jeune ou encore sénior?

« Quand on est entraîneur de séniors on est vraiment un entraîneur : On entraîne ! On fait de la compétition. Quand on est avec une équipe de jeune, à la formation, c’est davantage un éducateur qu’il faut être. L’attitude est différente. Avec les jeunes : c’est beaucoup de patience. C’est emmener. C’est apprendre étape par étape les divers thèmes du football. Il faut les amener à être de bons footballeurs à la sortie de la formation justement. Avec une équipe sénior on cherche le résultat et la qualité. On peut développer. On peut être entraîneur et éducateur en sénior mais ce n’est pas toujours le cas. En sénior c’est plus le résultat qui compte. On essaye de s’adapter à son effectif. »

 

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Que représente la formation pour toi ?

« A mon avis, la formation est essentielle. Je pense qu’en Martinique c’est là où le bât blesse encore un peu. Si on veut avoir des footballeurs qui rivalisent beaucoup plus avec les footballeurs de la Métropole, il faut justement développer la formation et le faire de manière beaucoup plus pointue. C’est ce qui nous manque en Martinique. J’aimerais à l’aide de la ligue de football et de tous les acteurs du football martiniquais prendre part un peu à cette formation des jeunes. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi l’Essor Préchotain qui me servira un petit peu de laboratoire. »      

 

Peut-on dire que ton expérience en France t’a enrichi ?

« Oui parce que toute expérience est enrichissante. Maintenant, je ne vais pas dire qu’elle a été plus enrichissante que celle que j’ai connue en Martinique. Ce serait mentir. Mais c’était autre chose. Aller à la découverte des centres de formation, des agents de joueurs… J’ai vraiment baigné dans le monde du football professionnel grâce à mon ami Eric Sabin. Avec lui, on a pu rentrer à la Commanderie (OM), à Nice, et dans d’autres centres de formation de gros clubs pour pouvoir voir un peu comment ça se passe chez eux et en tirer justement le maximum d’informations pour essayer de les adapter, et non de les transporter tel quel, à notre football martiniquais. »

 

Tu as un fils, Tarik, qui en 2013 jouait avec les U13 du Montpellier Hérault. Aujourd’hui qu’est-ce qu’il devient ?

« Il a eu un parcours assez atypique puisqu’il a été repéré dès les U12 par le Montpellier Hérault. Jusqu’en U15 il a joué à Montpellier. Cela s’est bien passé si on parle football. Il a toujours joué. Il a fait de belles prestations, et de beaux matchs. Mais arrivé à la porte des U15, c’est là où la porte se rétrécit. Il n’est pas passé. Le club ne l’a pas retenu car on lui reprochait sa petite taille. Effectivement, Tarik a eu un problème de croissance. Son hypophyse ne fonctionne pas comme tous les enfants. Il a dû prendre une hormone de croissance pour justement se développer. Il est après passé par l’AS Bézier. Et il est passé par le Sportif 2 cœur, l’académie où j’étais. Aujourd’hui, Tarik est en U18 au FC Istres et joue dans un championnat de bon niveau où la passerelle avec le football national 3 est très favorable. On a choisi ce projet car à 18 ans, être dans l’équipe réserve d’une National 3, c’est très bien. Donc voilà, c’est là où il évoluera l’année prochaine. »      

 

Pourquoi être retourné en Martinique ?

« C’est l’appel du pays. L’appel de mon pays. C’était le projet aussi de bien accompagner notre fils. Il fallait attendre qu’il soit assez mature et prêt à voler un peu de ses propres ailes pour ensuite revenir et reposer nos valises chez nous. C’est ce qu’on a fait avec ma famille. On est très content de revenir tout en espérant que ça va bien se passer et qu’on a fait le job avec Tarik pour qu’il puisse être apte à vivre tout seul là-bas et nous ici. »  

 

De retour sur l’île d’origine, envisages-tu de travailler pour le football martiniquais ?

« Oui bien sûr. Je ne peux que travailler pour le football car c’est dans mon ADN. Je ne peux franchement me passer de ce sport-là. Je suis un passionné. Non seulement passionné mais patriote martiniquais. Un vrai patriote ! Je me bats pour mon pays. Quand j’étais en France, j’étais un ambassadeur du pays. Je parlais du football martiniquais. Et maintenant que je reviens, je veux travailler pour le football martiniquais. Bien sûr que je vais travailler pour le football martiniquais avec le plus d’envie et d’ambition que possible. Que ça soit avec une équipe sénior où avec la ligue de football, je veux apporter ma pierre à l’édifice. » 

 

La sélection de la Martinique d’aujourd’hui comment la trouves-tu ?

« C’est un travail qui se fait dans la continuité. Je suis très heureux de voir Mario Bocaly et Fabrice Reuperné, mon ami, à la tête de la sélection. C’est une équipe qui, à mon avis, a progressé. Depuis quelques années, elle se qualifie régulièrement à la Gold Cup avec des joueurs locaux qui arrivent à faire monter leur niveau. Quand je parle de ça, l’image qui me revient c’est Sébastien Crétinoir. Lui, ce mec, c’est une machine ! Lorsqu’il est en sélection, il élève son niveau. Il n’y a aucune différence avec un joueur professionnel.  Daniel Hérelle pareille ! Ce sont des garçons qui sont capables de hausser leur niveau. Cette sélection, à mon avis va nous faire plaisir et il faudrait que le public martiniquais aille apporter une ferveur populaire derrière. C’est ce qui manque à la sélection. » 

 

La Martinique sera à la Gold Cup 2019 d’après toi ?

« Oui, j’y crois. Je crois en Mario Bocaly. Je crois en Fabrice Reuperné. Je crois aux joueurs de la Martinique. Et je crois aussi au comité de la ligue de football qui fait un travail pour ramener quelques professionnels avec un bon état d’esprit. Quand tu vois Grougi, un mec comme cela en sélection de la Martinique, qui se bat et qui va au clash avec son club pour pouvoir jouer au football en Martinique, je ne peux qu’être objectif et très confiant pour la qualification de la Martinique. »

 

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