Interview: Jean-Yves Piquion !

 

 

Tu es le kiné de la sélection de la Martinique, peux-tu nous décrire ton rôle ? En quoi consiste cette profession ? 

« J’étais ostéopathe et kiné avant. Maintenant, je n’exerce que l’ostéopathie au sein de mon cabinet et je m’occupe de la sélection depuis quelques années. Mon travail en fait est relativement important car il s’agit de permettre au sélectionneur d’avoir un groupe en état de santé optimal à l’approche de la compétition. Donc, je m’occupe de la préparation physique, médicale, de la récupération et des soins lors des phases de compétition et de repos des joueurs. »      

 

Quelles études as-tu faites pour devenir kiné ?

« J’ai fait une école en Belgique en kinésithérapie en 3 ans. Ensuite, j’ai fait une passerelle en ergothérapie, qui est une autre profession paramédicale de rééducation. Et j’ai suivi une vocation première qui est l’ostéopathie. J’ai fait 5 années qui m’ont permis d’avoir mon master d’ostéopathie. Maintenant, je suis déconventionné… Je travaille uniquement en ostéopathie. »  

 

Durant cette semaine de préparation, quel a été ton planning ?

« Le planning se fait avec le staff technique et le sélectionneur. Je suis aidé par Stéphane Bernadine, qui est un kinésithérapeute du sport mais aussi ostéopathe. C’est un ami et précieux confrère qui m’aide aux tâches qui sont parfois dures et longues surtout. Donc, la semaine nous aidons le sélectionneur en fonction de son programme. On était en phase de reprise…. Il avait mis en place un programme précis et très exigeant au niveau physique. Cela alliait la préparation technique du football à la préparation physique qui a été complétée par les clubs respectifs des joueurs. Nous avions mis en place des soins tous les jours, à plusieurs plages de la journée, qui permettaient aux joueurs de mieux digérer la préparation physique du sélectionneur. »      

 

Quelle relation as-tu avec les joueurs et le staff ?

« J’ai quand même quelques années d’expérience avec la ligue de football de la Martinique et avec les clubs de régional 1. Donc, je connais une bonne partie des joueurs de l’élite du football martiniquais ce qui est un bel avantage, j’ai une très bonne relation avec eux et une bonne confiance surtout, car c’est le plus important. Mon objectif premier est qu’ils puissent jouer le plus que possible. Donc, dès qu’ils me tiennent au courant régulièrement de leur état de santé, de leurs blessures, de leur défaillance, de leurs souhaits et du souhait de leur coach… J’essaye de faire au mieux. »

 

Dans cette sélection, quels joueurs n’aiment pas être massés, qui est le plus gêné ?

« Sur ce groupe-là, il y a des joueurs, des équipes, qui sont plus pour le suivi médical, les soins et qui aiment bien le massage. Mais, il y en a d’autres qui aiment moins. Il y a Djénhael Maingé, du Club Franciscain, qui est un joueur par exemple que je vois peu mais que je connais très bien. Les soins ne sont pas forcément obligatoires mais sont quand même relativement importants. Il y a des soins imposés : C’est la récupération collective comme la cryothérapie, le décrassage, ou les séances d’étirements en piscine. Et il y a des soins individuels qui sont pratiqués en chambre. Mais la récupération de la sélection ne se base pas uniquement sur le massage qui n’est pour moi qu’une petite partie. Mais sur l’ensemble des techniques qu’on va mettre en place sur le plan physiologique, on va leur permettre de récupérer au maximum. »   

 

Tu as fait 2 Gold Cup en étant le kiné de la sélection, as-tu de croustillantes anecdotes à nous raconter ?

« Je n’en ai pas vraiment mais ce qui est par contre très clair c’est que la Gold Cup c’est un niveau largement au-dessus. J’ai fait quelques formations dans des clubs professionnels nationaux surtout en Belgique à Anderlecht et à l’INF Clairefontaine. Je repartirai prochainement d’ailleurs avec mon collègue Stéphane Bernadine car le kiné de l’équipe de France depuis 20 ans nous forme régulièrement aux nouvelles techniques par rapport aux clubs professionnels. Donc, nous avons à cœur avec le nouveau médecin, le suivi très proche des joueurs. Mais pour revenir à la Gold Cup, ce qui est vraiment différent c’est l’infrastructure mise en place et le protocole d’intervention sur le terrain et en chambre où l’on a le matériel nécessaire…même si la ligue nous aide beaucoup et fait un gros effort logistique qui nous permet d’avoir le matériel nécessaire pour nos joueurs locaux par rapport aux joueurs professionnels. Mais la Gold Cup c’est un changement de niveau. » 

 

Tu assistes souvent aux entraînements de la sélection, quel regard as-tu sur cette dernière ?

« Nous avons un nouveau sélectionneur qui est Mario Bocaly avec lequel moi j’ai un très bon contact. Il est compétent, très structuré et surtout technique dans ses interventions au niveau de ses ateliers. Moi j’y trouve ma place. Il y a des choses que je cherche à apporter et à renouveler. Comme on parle à peu près le même langage physiologique, il n’y a pas de problème en particulier et bien au contraire. Mario arrive à mettre en place les choses en structure. Donc ça se passe très bien. »   

 

Kévin Parsemain a été en phase de reprise, peux-tu nous donner des informations sur l’état de sa blessure ?

« Kévin Parsemain est un joueur qu’on connaît tous. Il était effectivement en phase d’appui. Donc nous on l’aide surtout quand il vient dans un stage de préparation d’une semaine. Son kiné en club qui est très efficace l’a aidé à se remettre sur pied durant leur période de préparation. Nous, on vient en complément. Evidemment, Kévin fait partie des joueurs d’élite de notre football, il est un peu méticuleux. On a travaillé sur son genou. On avait mis en place un programme proprioceptif afin de renforcer ses appuis pour lui permettre de mieux consolider les phases de changements de rythme du genou. »  

 

Enfin, en étant kiné, qu’est-ce que le football représente pour toi ? Jeune, est-ce que tu avais des rêves ?

« Oui, dans les professions paramédicales et de santé pour moi le sport est très important. Ce n’était pas ma vocation première et immédiate. Je me suis lancé dans l’hospitalier… J’ai commencé 4 à 5 ans dans l’hospitalier en Île-de-France avant de découvrir la Martinique et m’y installer en travaillant en tant qu’ostéopathe. Mais le sport est effectivement une vraie passion, surtout le football. Surtout, ce qui me motive c’est essayer d’apporter vraiment le meilleur pour être encore meilleur et se rapprocher des nations du football caribéen et mondial. »