Du 08 au 12 juillet en Martinique (Bellefontaine et Trinité) et du 15 au 20 juillet en Guadeloupe (Abymes, Petit-Canal, Saint-Anne, Sainte-Rose et Gourbeyre), la Corsair Foot Academy organise un stage de perfectionnement aux Antilles. En effet, pendant cinq jours, de nombreux jeunes âgés de 12 à 15 ans passionnés par le football pourront bénéficier de conseils d’anciens footballeurs professionnels de renom et auront l’occasion de découvrir l’exigence du haut niveau. Directeur du stage, Luc Sonor nous a accordé un long entretien.

L’intégralité de l’interview (version audio) :

Retranscription de l’essentiel de l’entretien :

Pourquoi faire un stage de perfectionnement aux Antilles et plus particulièrement en Martinique ?

« Comme je le dis depuis toujours, je me sens Antillais. Même si je viens de la Guadeloupe, j’estime que c’est toutes les Antilles qui doivent bénéficier de ce genre de stage pour permettre aux enfants de pouvoir s’épanouir dans le football. Cela fait quatre ans que je demande à la Martinique de faire un stage ici. Pourquoi ? Parce qu’il y avait beaucoup de jeunes martiniquais qui venaient faire mes stages en Guadeloupe. Et ça me gênait un peu dans la mesure où ces enfants-là n’avaient pas les mêmes pouvoirs que ceux qui étaient déjà installés en Guadeloupe. Il fallait qu’ils payent les billets d’avion, le stage, et l’hébergement. Ce n’était pas égal. Je voulais que les jeunes de la Martinique et de la Guadeloupe soient sur le même plan. Cette année, la Martinique a enfin décidé de me donner la possibilité de faire un stage ici. D’ailleurs, je remercie les villes de Bellefontaine et de Trinité, les enfants, et les parents qui ont eu confiance en moi. J’espère que c’est le début d’une longue série car ça à l’air de bien prendre. Je pense que les enfants s’éclatent et que les parents sont satisfaits. Je vais faire mon quatrième stage en Guadeloupe cette année. Là, c’est le début pour la Martinique. Mais avec ce même état d’esprit et ces mêmes conditions, il y a de grandes chances que ça aille beaucoup plus loin ».

Quelles sont vos premières impressions sur cette jeunesse martiniquaise ?

« Ils sont réceptifs et ils donnent de l’envie sur le terrain. Je ne suis pas là pour vous dire quel joueur a le plus de potentiel. Je raisonne sur le plan collectif. J’observe le comportement et la discipline. C’est ça qui m’intéresse. Aux Antilles, on a des carences à ce niveau-là, même si on a de grandes qualités physiques et techniques. Donc on travaille beaucoup sur la discipline. Beaucoup de jeunes vous diront que je râle énormément. Ce n’est pas parce que je suis fâché après eux. C’est que je connais leur potentiel et j’ai l’impression qu’on ne donne pas la pleine mesure de ce qu’on doit faire chez les jeunes antillais. Il faut qu’on change cette mentalité et c’est ce que j’essaye de faire à travers ce stage de perfectionnement plutôt que de détection. On a d’abord à travailler avant de leur donner une chance de s’envoler vers la métropole ».

Concrètement, quelles qualités recherchez-vous chez un jeune ?

« Il n’y a pas de qualité en particulier. Il y a des garçons qui peuvent être mauvais dribbleurs, mais qui auront une belle frappe ou qui seront même de bons défenseurs. Encore une fois, je ne suis pas fixé sur la qualité même du joueur. Ce qui m’intéresse, c’est d’apprendre la vie de groupe. Je veux inculquer aux jeunes le respect et montrer à quel point il est compliqué de vivre tous ensemble car il y a toujours un moment où quelque chose va se passer. Je veux leur apprendre à vivre ensemble. C’est ça le collectif. Que ce soit le magnifique talent ou à celui qui n’a jamais jouer au foot. L’essentiel est que le groupe soit compacte et que les jeunes soit intégrés afin de pouvoir jouer ensemble et former une famille. C’est ce que je recherche« .

À la fin des stages en Martinique et en Guadeloupe, il y aura-t-il des jeunes qui seront détectés d’après vous ?

« Je suis incapable de vous répondre aujourd’hui. C’est qu’à la fin du stage de la Martinique et de la Guadeloupe, qu’après concertation avec les entraîneurs Jean-Luc Etorri et Dominique Bijotat, qu’on verra si oui ou non il y a des garçons qui ont le potentiel pour aller faire une détection en métropole. Il n’y a pas d’obligation à ce qu’il y ait un joueur qui parte. Comme on l’a dit c’est du perfectionnement. Après, sur les quatre dernières années en Guadeloupe, on a eu la chance d’avoir des garçons qui ont réussi à se faire détecter. J’espère la même chose en Martinique. Chaque année il y a des surprises. Par ailleurs, il y a une chose que je tiens à préciser : ce n’est pas parce que je n’ai pas pris un joueur aujourd’hui que ça veut dire que je l’ai oublié. Il y a des garçons que peut-être je ne vais pas emmener en métropole mais qui peuvent être surveillés par des contacts que j’ai dans leur club pour les faire venir plus tard. C’est comme ça que ça marche. Je ne suis pas venu ici pour vendre du rêve. En métropole j’en ai ras-le-bol d’entendre certaines personnes parler des Antilles. C’est toujours la même chose que j’entends. D’après eux, les Antillais sont toujours timides et lents. D’accord, on a aux Antilles ce côté nonchalant. C’est comme ça. Joueur, moi aussi je l’étais. Mais on doit se faire respecter ! Et pour ce faire, en plus de nos qualités physiques et techniques ce qu’on doit travailler davantage c’est le mental. C’est de ça qu’on a besoin et c’est pour ça que je suis très sévère. Je veux faire comprendre aux jeunes que ce n’est pas parce qu’on prend l’avion pour aller en métropole qu’on est déjà professionnel. Donc aujourd’hui je ne peux pas vous dire quoi que ce soit. J’ai eu pas mal de succès par rapport aux enfants que j’ai eus en stage jusqu’à maintenant puisqu’en quatre ans j’ai eu sept jeunes qui sont partis dans des clubs professionnels. À partir de là, je ne peux être que satisfait ».

Avez-vous un certain réseau aux Antilles ?

« Je fais partie de la Ligue de la Guadeloupe. Je suis plus ou moins conseiller avec le président Jean Dartron. On a un très bon rapport. Mon ami Jocelyn Angloma est sélectionneur de l’équipe de la Guadeloupe. Donc je suis très proche d’eux. Je suis également en relation avec Samuel Pereau, le président de la Ligue de football de la Martinique. On a besoin de tout le monde pour réussir. Je ne fais pas un stage d’égoïste. Je suis là pour dire : unissons nos forces pour tous ces jeunes qui ont autant le droit d’avoir une chance d’entrer et de percer dans les clubs professionnels ».

« Micro libre » de Luc Sonor : écouter l’audio à partir de 7min20