L’un des champions de la Martinique avec l’US Robert en 1993, Nikita Capgras nous donne son avis sur le football d’aujourd’hui et d’avant.

Interview de Nikita Capgras, ancien attaquant de l’US Robert (1978-1995) :

Comment as-tu trouvé la première partie de saison de l’US Robert avant l’arrêt du championnat ?

« On a fait une bonne phase aller où l’équipe était bien en place et puis il y a eu un problème entre les joueurs et l’entraîneur… Et ça s’est gâté après. L’entraîneur, Charles Bonix est parti. C’est Jean-Pierre Honoré qui dirigera l’équipe, bientôt. J’espère qu’on pourra se maintenir en Régional 1. »

Le championnat est à l’arrêt aujourd’hui. Aimerais-tu qu’il reprenne ?

« Oui je veux qu’il reprenne. Il y aura trop de complications après pour faire les divisions et pour maintenir le niveau physique des joueurs. J’ai vu la proposition du New Club. Une proposition que j’avais déjà soumise à certains copains. J’estime que c’est la meilleure solution pour maintenir l’équité sportive. »

Il y a la Gold Cup en juillet prochain. Est-ce que la sélection de la Martinique peut créer l’exploit en se qualifiant en 1/4 de finale cette année ?

« Avant la coupure due au coronavirus, on avait un bon groupe. J’avais vu le match contre le Honduras. J’avais trouvé qu’on avait une bonne équipe renforcée par certains joueurs professionnels. Emmanuel Rivière m’avait fait une très bonne impression. Je pense qu’on a un coup à jouer cette année surtout avec les problèmes sanitaires. Je pense qu’on pourra obtenir certains joueurs pros pour renforcer l’équipe, sinon, ça sera compliqué pour nous si on a uniquement les joueurs locaux. »

À ton époque, dans les années 1980-1990, comment trouvais-tu le niveau des équipes de foot en Martinique par rapport à aujourd’hui ?

« Les comparaisons sont difficiles à faire car à mon époque il y avait plus de passion autour des matchs. C’était plus motivant de jouer avant que maintenant. Les stades sont aujourd’hui plus ou moins vides, il n’y a plus d’engouement, les stades sont défectueux, les pelouses ne sont pas tellement bonnes… Alors qu’avant il y avait tout un engouement envers les équipes de foot. »

Au Robert, il y avait même une tribune qui s’était effondrée car il y avait beaucoup trop de supporters au match

« Cela s’est passé en 1983. C’était un match entre l’US Robert et le Racing Club de Rivière-Pilote. Une rencontre importante pour occuper la première place du championnat… et la tribune s’est effondrée. Cet exemple démontre l’engouement qu’il y avait autour des matchs. Il faut savoir quand même qu’au début des années 1980, dès le samedi après-midi, il n’y avait plus rien en Martinique. Tout était fermé. La Galleria n’existait pas. Les matchs de football n’étaient pas diffusés à la télévision. C’était uniquement le match du week-end qu’il y avait. Cela suscitait donc énormément d’engouement. Mais, il faut aussi signaler qu’en 1980 il y avait l’arrivée d’un comité : avec messieurs Ursulet, Pastel et Triolet. Ils avaient pratiquement transformé le football martiniquais avec notre entrée dans le concert caribéen mais aussi le symbolisme de la finale de la coupe de Martinique le 22 mai. Ils ont réussi à tout transformer ! Je peux citer le nombre de voyages qu’on faisait. J’ai pu visiter énormément de pays : dans la Caraïbe, au Canada, aux Etats-Unis… On était dans le concert caribéen et on jouait très souvent là-bas. À part jouer contre des équipes de l’hexagone en coupe de France, maintenant il n’y a plus d’attrait pour le jeune martiniquais qui veut faire du foot. »

Comment trouvais-tu votre sélection des années 80-90 par rapport à maintenant ?

« Il y avait une forte émulation due au football de clochers. Chacun jouait pour sa commune. Cela permettait donc à tout un chacun de s’exprimer en sélection. Il y avait de très bons joueurs partout. Et quand monsieur Camille Paviot est arrivé en 1992 au Club Franciscain il a pris les meilleurs joueurs martiniquais et les meilleurs entraîneurs. Et ça s’est gâté après… »

As-tu eu des opportunités de travail grâce au football ? Je sais que Monsieur Paviot versait de belles primes de match au Club Franciscain, lorsqu’il était président…

« Le comble c’est qu’il travaillait à la mairie du Robert et il était très persuasif sur les joueurs. À ce niveau-là, je n’ai rien à dire sur le foot ! Je suis maintenant aide-soignant et c’est grâce au football. Un matin, un dirigeant m’a appelé pour m’offrir un travail. Avant, c’était tout pour le football. Avant, être président d’un club était un créneau politique. Avant, il fallait être président d’un club pour être à la mairie. Ce qui fait que ça entraînait la qualité des dirigeants. Maintenant, ce n’est plus possible car ça n’intéresse plus personne d’être dirigeant et bénévole. On a donc perdu en qualité de dirigeants. »

Il y a moins de moyen et de passion dans le football, aujourd’hui. Penses-tu que le football retrouvera un jour ses heures de gloire ?

« Je suis assez pessimiste. Il faut réformer certains stades. Peut-être qu’il faut faire les matchs en nocturne le vendredi soir et même en semaine le mercredi soir parce qu’on a la concurrence sévère des télévisions. Canal + est arrivé en 1998 et ça n’a plus été la même chose. Les gens préfèrent rester devant la télévision et regarder 5-6 matchs dans un week-end. Le Martiniquais voit maintenant ce qui se fait de mieux. Comparé à ici, c’est compliqué de rivaliser. En plus, ça a faussé le jugement du Martiniquais envers notre football. »

Faut-il ainsi semi-professionnaliser le football afin que les supporters puissent revenir dans les stades ?

« Cela sera compliqué car la situation économique ne le permet pas. Le football n’attire pas les sponsors. C’est compliqué. Il n’y a que la Yole qui les attire parce qu’il y a une visibilité. Grâce à la télévision ! Au niveau des médias, ils diffusent un résumé de match de 2 minutes. Cela ne peut pas attirer un sponsor et ça sera difficile de semi-professionnaliser les joueurs en Martinique. »