L’attaquant du Club Colonial, José Goron donne son point de vue sur la Gold Cup 2021 des Matinino. D’après lui, il faut désormais trouver les solutions pour avoir une sélection encore plus compétitive à l’avenir.

Interview de José Goron, attaquant du Club Colonial :

La sélection de la Martinique a participé à la Gold Cup 2021 en juillet dernier. Quelles sont tes impressions sur le tournoi des Matinino ?

« Cette Gold Cup est une déception. À la base, la sélection était partie pour espérer faire mieux qu’il y a deux ans. Je crois qu’il y a beaucoup de situations qui n’ont pas permis à la sélection de bien se préparer. La majorité des joueurs locaux est resté deux mois sans compétition. Depuis le 29 mars, on a arrêté de jouer. On a eu un mini championnat, les 6 Majò où il a eu trois matchs au mois de juin et ce n’était pas suffisant pour avoir du rythme. D’autant plus que nous étions dans une situation où il fallait mieux se préparer par rapport à il y a 2 ans. Mais, ce n’était pas possible vu qu’on avait ce déficit de rythme par rapport aux compétitions arrêtées. Il faut dire aussi qu’on était dans un groupe de la mort avec 3 équipes habituées aux 1/4 de finale de la Gold Cup (Haïti, Canada, USA). Il faut savoir aussi que le vainqueur de la compétition a été les Etats-Unis et le Canada a fait les demi-finales. Ce qui veut dire que c’était déjà compliqué pour nous et la préparation ne remplace pas la compétition. Nous avions dans notre groupe 3 équipes qui étaient en pleine qualification pour la Coupe du Monde. »

Il y avait-il les joueurs pros nécessaires pour faire bonne figure malgré le contexte difficile ?

« Je pense qu’on avait des joueurs pros qui connaissaient déjà la sélection. Samuel Camille avait déjà participé à la Gold Cup en 2019. Vous avez Emmanuel Rivière qui était dans la campagne sélection de cette année. Depuis plus de 7 ans, Jean-Sylvain Babin est dans l’équipe. Kévin Fortuné est habitué aussi à la sélection. Donc on avait les joueurs pros qui pouvaient être capables d’élever le niveau. Je pense que cela n’a pas été le cas lors de cette édition. Ils ont eu beaucoup de difficultés à faire monter le niveau pour faire en sorte que l’amateur soit au niveau. C’était assez compliqué. Patrick Burner par exemple est arrivé 3 jours avant la compétition… Ce n’est pas évident. »

Comment vois-tu la sélection de demain ?

« On ne va pas se leurrer et on va dire les vérités sans langue de bois. Je pense qu’il y a des joueurs qui sont pratiquement en fin de cycle. Je crois qu’il y a un travail de fond à faire et des choses à revoir. Il nous faut trouver une très bonne organisation de façon à avoir les pros qu’il faut : des joueurs professionnels de qualité et qui adhèrent à la sélection. Il y a aussi des jeunes prometteurs qui veulent faire leur place en sélection. Il est peut-être temps de leur donner leur chance. L’occasion de revoir cette sélection. Il y aura un nouveau sélectionneur. Ce sera à lui de trouver les solutions pour pouvoir avoir une sélection digne de ce nom, capable de bien figurer dans une Gold Cup. J’aurais bien aimé voir la sélection de la Gold Cup 2021 en pleine possession de ses moyens, avec une très bonne préparation et avec du rythme ; en mesure de donner un meilleur visage !

C’est la première fois que la sélection perd ses 3 matchs de poules. J’ai entendu dans des interviews que la Guadeloupe a fait meilleure figure que nous… Je suis désolé si c’était la Martinique à la place de la Guadeloupe dans son groupe, je pense qu’on n’aurait pas eu cette situation-là. Peut-être qu’on aurait perdu nos 3 matchs. Mais pas comme contre le Canada, les Etats-Unis ou Haïti. Pour terminer, je pense qu’il y aura un gros travail à faire au niveau du comité directeur de la Ligue pour déjà nommer le sélectionneur et donner une ligne directrice à la sélection de façon à avoir une équipe capable de se mesurer aux nations qui participent aux éliminatoires de la Coupe du Monde et aux compétitions internationales.

Personnellement, j’estime que notre sélection actuelle, même avec une très bonne préparation et avec du rythme, ne garantissait pas une qualification en 1/4 de finale non plus. On pouvait prétendre à 3 défaites mais peut-être pas dans ces conditions-là. Avec un meilleur visage. Mais, on ne le saura jamais. »

Quel entraîneur aimerais-tu voir remplacer Mario Bocaly (nouveau CTR de la Martinique) au poste de sélectionneur dans les mois à venir ?

« Je crois qu’il y a des entraîneurs qui ont posé des candidatures parait-il. Personnellement, j’aurais aimé qu’il y ait un regard extérieur. Vous avez des Martiniquais qui sont en France hexagonale qui sont dans le milieu du football. On peut essayer de trouver un sélectionneur extérieur capable d’apporter une patte et une expérience. On peut avoir aussi un sélectionneur métropolitain ou un entraîneur antillais, qui connait le football français, qui va amener sa touche et qui aura peut-être les relations qu’il faut pour amener des pros de qualité et qui auront envie d’apporter quelque chose à la Martinique. Ce serait bien pour nous car on a déjà tout essayé en Martinique. Tous les meilleurs coachs sont passés par la sélection. On a toujours le même résultat : des éliminations en phase de poules… Donc un regard extérieur serait le bienvenu pour avoir un autre visage, une autre identité de jeu et une autre approche des compétitions internationales comme celle qui nous attend dans 2 ans : la Gold Cup 2023. »

Christian Malod est intéressé par le poste de sélectionneur. Que penses-tu de ce choix ?

« Il a déjà un bon palmarès. Il est champion de Martinique avec le Golden Lion et on ne pourra pas lui enlever cela. Il peut avoir un regard extérieur. Il connait déjà le football martiniquais. Il était le coach du Club Colonial où il a également eu de très bons résultats. Cela peut être intéressant. Maintenant, il faut voir au niveau de la Ligue s’ils adhèrent à ce profil. Christian Malod n’a pas été de main morte avec la Ligue de Football concernant l’organisation du tournoi des 6 Majò en fin de saison dernière. Personnellement, je ne suis pas contre. Mais c’est vrai qu’un entraîneur avec un autre regard serait le bienvenu. »

Enfin, seras-tu là à la reprise du football ? Quels seront tes objectifs ?

« Avant de parler de reprise, il faudrait que le football reprenne. La situation est compliquée. On sait qu’il faut avoir un pass sanitaire pour jouer au football. C’est une très grande complication. Pour que le pass sanitaire soit définitif, il faut se vacciner. Ce à quoi n’adhère pas la majorité des joueurs de la Martinique. Il y a le pass sanitaire temporaire qui équivaut à un test PCR 48 heures avant le match et forcément ça aussi c’est une complication. La saison ne devrait pas reprendre de sitôt si je comprends bien. Budgétairement, ça va coûter car le test PCR va devenir payant. Sachant que les joueurs ne veulent pas se faire vacciner, ça va être un coût énorme pour les clubs. Ces derniers n’ont pas beaucoup d’argent car il n’y a pas de matchs à cause du Covid. Les clubs sont en difficulté financière. Donc, il faudra faire un gros montage financier entre la Ligue, les clubs, la Fédération et les collectivités pour pouvoir reprendre le football.

Personnellement, je comptais arrêter ma carrière. D’autant plus que j’ai atteint un âge où je veux un peu profiter de ma vie. Maintenant le sport c’est une passion. Je suis encore ambitieux. J’ai encore de beaux restes et je peux encore continuer. Cela fait 2 ans que je suis au Club Colonial. 2 ans où j’ai fait 2 demi-saisons ce qui me fait une saison si on associe les deux. C’est très compliqué. Je suis en pleine réflexion. Si ça reprend, ça va être compliqué. »