L’ancien international martiniquais, Jacky Berdix parle du niveau de la Régional 1, des jeunes joueurs de la Martinique et des Matinino.

Interview de Jacky Berdix, joueur de l’Assaut de Saint-Pierre et ancien international martiniquais :

Plus que 2 matchs de championnat avant la fin de saison pour l’Assaut puisque votre maintien est assuré. Quel est l’état d’esprit des troupes ?

« Les gars sont libérés. Ils sont contents puisqu’à chaque fois ils étaient en lutte pour ne pas descendre. L’objectif a été assuré. Donc, pour ces deux derniers matchs, on est en roue libre. »

Comment abordez-vous vos 2 prochaines rencontres contre le Club Franciscain et face à l’US Riveraine ?

« On s’entraîne normalement. On va essayer de faire une bonne production contre le François. Face à Grand-Rivière lors de la dernière journée, on va jouer. Si l’on ne joue pas, ça peut être mal interprété. Donc, il vaut mieux faire les choses correctement. On jouera. »

Comment as-tu trouvé le niveau des équipes de Régional 1 cette saison ?

« Il y a des équipes avec un bon niveau et d’autres qui ne sont pas vraiment organisées. Tout cela est dû à un manque d’entraînement et un manque de motivation. Il y a plein de choses qui rentrent en compte. Je vais prendre mon cas. À l’Assaut, on a un groupe compétent mais les efforts ne sont pas faits correctement pour durer. On va être performants sur un match ou deux. Mais sur une saison, on n’est pas assez réguliers. Ici, les gars ne sont pas assez réguliers dans leur entraînement. Ce qui fait qu’il y a une baisse de niveau. Aujourd’hui, un joueur peut être à 100% et le lendemain ce même joueur qui était bien on le voit vraiment diminuer parce que cette régularité dans les entraînements n’est pas assurée. »

Et pourtant vous vous êtes maintenus…

« Oui ! Dès que j’ai signé avec eux, j’ai été surpris par ce groupe. J’en ai parlé aux entraîneurs. Je leur ai dit qu’il y a vraiment un potentiel. Mais, le souci c’est le manque de sérieux régulier et les absences aux entraînements. Ce qui fait qu’au jour d’aujourd’hui on se retrouve à cette position (5e). Dans ce championnat, on pouvait être placés vraiment plus haut. »

Concernant les jeunes de la Martinique, Jérémy Sebas, Junior Michalet et Ken Phaëton sont des jeunes de la sélection qui sont suivis par des clubs en France notamment. 2 ont déjà fait des essais. Quel est ton avis concernant leur situation ?

« Je ne connais pas particulièrement Jérémy Sebas mais j’ai cru entendre qu’il est suivi par Strasbourg. Junior Michalet fait des essais à l’US Orléans. Je trouve que c’est une bonne chose. Le nouveau sélectionneur leur fait confiance. Je pense que par rapport à cela, ça a permis aux équipes de voir ces joueurs pour qu’ils fassent des essais, comme actuellement. »

Marc Collat s’appuie sur des joueurs professionnels en sélection de Martinique et convoque également de jeunes joueurs du football local pour qu’ils puissent connaître le niveau pro. Comment trouves-tu son fonctionnement ?

« Si on veut atteindre les objectifs et passer un certain niveau à la Gold Cup, on est obligés de passer par là. Pourquoi ? Aujourd’hui, quand on regarde un match entre le Club Franciscain et l’Aiglon, c’est un match de haut niveau. Mais le week-end d’après on va se retrouver avec un autre match entre le François et l’UJ Monnerot et pour le François, le niveau que tu auras eu face à l’Aiglon aura déjà baissé sur ce match-là. Donc, on n’a pas assez de répétition de matchs difficiles. Quand on va se retrouver face à des équipes internationales, on aura un souci puisqu’on n’a pas de répétition de match de haut niveau.

J’aime bien prendre mon exemple. J’ai joué 8 ans au niveau CFA (National 2-3). Je suis retourné en Martinique, j’ai fait la sélection et tout ce qu’il fallait. Moi, je suis un dur d’entraînement. J’ai fait la Gold Cup 2013, j’étais joueur de Régional 2. Je m’entraînais avec la sélection et de mon côté je m’entraînais seul avec un préparateur physique. Malgré ça, à un niveau assez haut j’ai eu des difficultés quand même car je n’avais pas assez de répétition à haut niveau.

Donc à un moment donné, les joueurs de la Martinique doivent comprendre que s’ils veulent jouer à un haut niveau, il faut sortir de la Martinique. Il faut trouver une solution pour aller jouer en CFA ou National. Et à ce moment-là, le sélectionneur va faire appel à vous. La sélection, on prend ça pour une récompense en Martinique. Non. L’idée est que les jeunes puissent chercher à jouer en France ou à l’étranger au lieu de se mettre comme objectif la sélection de Martinique. C’est un bonus mais l’idée c’est d’aller chercher un contrat pro.

Je trouve super intéressant quand j’entends que Jérémy Sebas et Junior Michalet sont à l’essai. Et là, l’entraîneur de la sélection pourra s’appuyer sur ces joueurs-là parce que ces jeunes seront dans une structure professionnelle et pourront s’entraîner correctement. Et dès que le sélectionneur aura besoin d’eux, ces joueurs seront compétents. »

En juin, la Martinique affrontera le Costa Rica et le Panama. Les Matinino ont-ils une chance d’obtenir de bons résultats ?

« On ne peut pas prévoir les choses. On a essayé avec différentes façons. Là, il y a un nouveau sélectionneur et il vient avec d’autres idées. Il n’a pas encore prouvé. Donc, il faut lui laisser le temps de fonctionner pour voir ce que ça donne. Il faut au moins essayer. Il a décidé de partir avec un certain nombre de pros. Alors, on attend et on verra. On va faire un compte-rendu après. »

Enfin, tu as aujourd’hui 42 ans et bientôt 43. Joueras-tu la saison prochaine ?

« J’aime le foot. C’est un truc que j’aime et je n’arrive pas encore à vraiment décrocher. Après, c’est l’entraînement et la motivation. Ça m’embête un peu de le dire, mais il y a un certain nombre d’anciens comme Patrick Percin, José Goron et bien d’autres qui évoluent toujours. Il y avait également Dominique Bertrand… On se dit qu’il y a un souci ! On n’a pas vraiment de jeunes pour pousser ces gars-là. Qui va me pousser un jour ? Il faut me pousser ! Mais, on n’a pas de petits jeunes qui ont envie de nous pousser. Maintenant, comme les effectifs ont un peu diminués, il y a beaucoup de jeunes qui évoluent à un certain niveau. Mais moi, ce qui me gêne, c’est cette résistance qu’on a. On devait déjà nous balayer ! Et ça me gêne un peu… »

Donc, tu n’as pas le sentiment d’être poussé vers la sortie…

« À l’entraînement, tu vas me dribbler. Mais moi aussi je vais te dribbler pour te montrer que peut-être que j’ai 42 ans mais je suis là toujours. Comme je fais des petits challenges avec eux, je les pousse à se surpasser pour au moins me dribbler. Donc, si un jeune me passe, ça veut dire qu’il est bien. »

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